En ce début d'une nouvelle année, cette phrase me tourbillonne dans la tête; « Est-ce que je suis portée à voir le verre à moitié vide ou à moitié plein ? Et les autres, ne voient-ils que mes faiblesses comme parent ou mes forces ? Et moi, quel regard ai-je sur les autres ? » Eh oui, c'est l'heure des bilans et des remises en question, des résolutions ou des bonnes intentions, des objectifs réalistes et des mises au point..... Comment vais-je entamer la nouvelle année? En regardant ce que je n'ai pas fait ou en regardant ce que j'ai fait ? Et vous ?
Les critères sociaux ou la bonne image
Je me souviens quand j'étais à l'école primaire, il y a presque 40 ans (OUACH!) et que j'arrivais à la maison avec mon bulletin; mon père le regardait et me demandait; « Je vois que tu as eu 95 % (par exemple) en français ! Pourquoi n'as-tu pas eu 100 % ? » Je suis restée marquée par l'expression de son visage qui démontrait sa déception; après tout, j'aurais pu avoir la note parfaite! Le 95 % s'est effacé et je n'ai vu que le 5 % ! J'étais en train d'enregistrer qu'en bas de la note parfaite, point de satisfaction possible ou de sentiment de fierté face aux efforts!
Dernièrement, je suis allée consulter un spécialiste pour des problèmes langagiers chez un de mes enfants. Rien de dramatique, mais il y a des choses à corriger, des habitudes à transformer et je repars avec le mandat de faire des exercices avec mon enfant, trois fois par jour ! Je suis sortie de là en me disant que j'étais déjà en échec !
C'est carrément impossible pour un parent (en tout cas, pour moi) de faire des exercices quel qu'ils soient 3 fois par jour ! C'est donc décourageant et démotivant! Quelle est donc cette folie de toujours regarder le verre à moitié vide! Je sais que le spécialiste va possiblement focaliser sur le peu de fois que j'aurais pu faire l'exercice avec mon enfant. Et si à la place, ce même intervenant m'avait demandé mon avis ? Je lui aurais dit que je pouvais faire les exercices au moins une fois par 2 jours! Beaucoup plus réaliste pour le parent occupé que je suis!
Miser sur le potentiel et les efforts
Dans mon bureau ou à domicile, je rencontre régulièrement des gens qui me disent vouloir améliorer leur vie et être heureux ! Ils veulent une plus grande harmonie familiale. Ils veulent donner à leurs enfants un encadrement adéquat. La première chose qu'on fait ensemble c'est de regarder précisément ce qui pourrait s'améliorer de façon réaliste et quels « petits pas » ils vont pouvoir faire dans la bonne direction.
Leurs objectifs deviennent tellement réalistes qu'ils se sentent fiers d'eux rapidement pendant le processus et non juste une fois que le résultat est atteint. Et les parents que je rencontre se mettent à appliquer cette règle avec leurs enfants; attentes plus réalistes, objectifs à atteindre par l'enfant plus réalistes et donc des succès assurés! Une des meilleures façons de nourrir l'estime de soi d'une personne n'est-il pas de lui faire vivre des sentiments de compétence, de fierté, d'autonomie ?
À quoi ça sert de mettre l'accent sur ce que l'enfant ne fait pas; allons voir ce qu'il sait faire! Avec les adultes, ça marche aussi ! Si le spécialiste que je vais retourner voir souligne les pas que j'ai faits avec mon enfant et regarde avec moi comment je peux faire un prochain petit pas, je risque de me sentir encouragée et motivée. Et c'est comme cela qu'on arrive à de meilleurs résultats !
La méthode « Il faut souligner les défauts pour faire sortir les qualités et forces d'une personne », je n'y crois pas! C'est plutôt paradoxal. Il y a des gens qui avancent comme cela mais à quel prix ! Il faut se demander quels genres de relations on veut développer dans notre cellule familiale.
Deux enfants : deux réalités
Arianne et Camille, 7 ans, se lèvent chaque matin pour aller à l'école. Arianne se fait réveiller par son père; « Lève-toi, tu vas encore être en retard ! » Elle se lève s'habille, omet de mettre ses chaussures et monte pour déjeuner. Son père lui dit;« As-tu l'intention d'aller à l'école nu-pieds ? Tu trouves ça beau ce que tu as sur le dos ? Les couleurs ne vont pas ensemble. Fais attention à ce que tu fais! Arianne, tu es encore dans la lune, dépêche-toi !!» Elle se prépare à partir et oublie son sac à lunch. Son père ouvre la porte et crie : « Tu as oublié ton lunch, par chance que je suis là, tu oublierais ta tête! Et n'oublie pas de travailler fort à l‘école ! » Arianne s'en va la tête penchée et se sent piteuse. Pourvu qu'à l'école on ne lui demande rien de compliqué. Elle est tellement étourdie... Camille vit de l'autre côté de la rue. Ce qu'elle entend le matin en se réveillant c'est « Camille, ma chérie, il est 7 heures du matin.
Prépare-toi à te lever dans 5 minutes, ok ? » Camille répond à sa mère qu'elle a entendu et se fixe un point de repère sur son réveille-matin. Elle arrive tout habillée pour déjeuner, sans ses chaussures. Sa mère lui dit : « Eh ! T'es déjà toute habillée! Il te reste juste à mettre tes chaussures ! Bravo, chérie ! Je vois que ton chandail est décousu. Veux-tu te changer avant ou après le repas ? » Camille préfère manger avant. Elle court se changer de chandail et oublie son lunch en sortant de la maison. Sa mère ouvre la porte et crie; « Camille ton lunch ! » Camille revient en riant, elle prend le sac et remercie sa mère. « Bonne journée, on se voit plus tard ! » lui dit celle-ci.
Camille part à l'école la tête haute en gambadant. Elle a hâte de voir ses amies et son professeur... Cette histoire est inspirée de l'approche « Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent » de Adèle Faber et Elaine Mazlish. Il faut s'arrêter en tant que parent et réfléchir sur l'impact qu'à notre façon de voir les choses, sur l'état d'esprit de nos enfants et sur leur estime. Toutes les personnes qui côtoient des enfants ont la responsabilité de travailler avec leur potentiel, leurs capacités et ainsi contribuer à leur mieux-être. Au moins, 80 % du temps !! Soyons réalistes !!

