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Les distilleries seront les plus touchées par l'interdiction sur l'alcool canadien

Ils expédient plus de la moitié de leur production totale vers les États-Unis

La Presse Canadienne

Les distilleries et les producteurs de spiritueux risquent d’être les plus durement touchés parmi les producteurs d’alcool canadiens, les États-Unis ayant proposé une interdiction générale des alcools canadiens à compter de la fin de ce mois.

Craig Johnston, économiste en chef chez Financement agricole Canada, a indiqué que les distilleries expédient plus de la moitié de leur production totale vers les États-Unis.

«Si l'on considère les différentes catégories du secteur des alcools — distilleries, vignobles et brasseries —, ce sont vraiment les distilleries qui sont fortement exposées au marché américain», a-t-il noté.

M. Johnston a ajouté qu’il serait difficile pour de nombreuses distilleries vendant sur le marché américain de trouver d’autres débouchés pour leurs produits, que ce soit au Canada, en Europe ou ailleurs.

Les droits de douane de rétorsion imposés par le Canada en début de semaine ont poussé le président américain, Donald Trump, à interdire la plupart des importations d’alcool canadien, parmi une longue liste d’autres produits, à compter du 29 septembre.

Le whisky et les liqueurs canadiens conditionnés dans des bouteilles de plus de quatre litres seront exemptés de cette interdiction ; toutefois, Cal Bricker, de l’association professionnelle Spiritueux Canada, a fait remarquer qu’il n’y avait de toute façon pas beaucoup de bouteilles de quatre litres vendues.

«En fait, il s’agit plus ou moins d’une interdiction du whisky canadien», a-t-il déclaré lors d’une entrevue.

Spiritueux Canada représente les fabricants, les distributeurs et les exportateurs du secteur.

La solution pour les distilleries n’est pas aussi simple que de délocaliser la production au sud de la frontière en raison d’accords juridiques, a expliqué M. Bricker.

«On ne peut produire du whisky canadien qu’au Canada. On ne peut produire du whisky américain, du bourbon, qu’aux États-Unis. Et on ne peut produire de la tequila qu’au Mexique», a-t-il précisé.

Jusqu’à présent, M. Bricker a indiqué n’avoir reçu aucune demande de la part des 11 distilleries et producteurs de spiritueux représentés par l’association concernant un éventuel transfert de production aux États-Unis.

Andrew Oland, directeur général de la Brasserie Moosehead, a déclaré qu’il n’était pas surpris, mais tout de même «très déçu» de voir l’alcool entraîné une nouvelle fois dans la dernière escalade commerciale.

M. Oland, qui dirige l'entreprise établie à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, a précisé que 15 % de ses boissons étaient expédiées au sud de la frontière, où elles sont déjà soumises à des droits de douane élevés depuis l’échec des négociations commerciales entre les deux pays le mois dernier.

La brasserie prend actuellement en charge le coût des droits de douane de 50 % et s’efforce d’expédier autant de bière que possible au cours des trois prochaines semaines afin de préserver son espace de rayon et ses relations avec les détaillants américains.

Si certains brasseurs peuvent connaître des temps difficiles, Luke Chapman a souligné que la bière canadienne est une industrie majoritairement nationale.

L’année dernière, par exemple, plus de 90 % de toute la bière achetée au Canada était brassée dans le pays à partir d’ingrédients locaux, a précisé M. Chapman, vice-président des affaires fédérales au sein de l’association professionnelle Canada Bière.

«L'industrie brassicole canadienne est bien moins dépendante du marché américain que de nombreuses autres industries canadiennes», a-t-il déclaré lors d'une entrevue.

Par ailleurs, le secteur viticole devrait lui aussi échapper aux pires effets de cette interdiction potentielle, a déclaré Norman Beal, président du conseil d’administration d’Ontario Craft Wineries, qui représente plus de 110 domaines viticoles de la province.

M. Beal a précisé qu'environ 1 % de l'ensemble des ventes de vin provenait des États-Unis.

«Les producteurs de vin canadiens sont relativement peu nombreux, a déclaré M. Beal. La plupart de nos produits sont vendus ici même, au Canada.»

Ritika Dubey, La Presse Canadienne