Don Cherry à l'Ordre du Canada: Paul-Hus cherche «du positif» au choix de son parti

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Le lieutenant conservateur pour le Québec, Pierre Paul-Hus, peine à justifier la décision de son propre parti – et nettement par le chef Pierre Poilievre – de mousser la nomination du controversé commentateur de hockey Don Cherry à l'Ordre du Canada, la plus haute distinction honorifique du pays.
«Si on peut le voir d'une perspective "trouver du positif à Don Cherry", c'est que, pour moi, comme ancien combattant, Don Cherry a toujours été du côté des anciens combattants. Toujours. (...) Que ça soit Québécois, Canadien: ça n'a jamais fait de différence», a-t-il déclaré, jeudi.
M. Paul-Hus, qui était questionné par les journalistes de la presse parlementaire, a aussi pris soin de souligner un autre moment qui milite en faveur du commentateur.
«Aussi, il faut relever le fait qu'à un moment donné, il y a un jeune de 12 ans qui est mort, un filet de hockey qui est tombé dessus à Trois-Rivières, et Don Cherry l'a mentionné dans son émission qu'il y avait un jeune du Québec qui était décédé.»
Or, Don Cherry, qui a animé pendant 39 ans le populaire segment «Coach's Corner» de l'émission «Hockey Night in Canada», s'est bâti au fil des années une solide réputation pour ses propos dénigrants à l'égard des francophones, des Québécois, des immigrants, des Autochtones, des femmes, ses encouragements à la violence dans le sport, ses doutes à l'égard des changements climatiques, entre autres.
L'homme aux vestons flamboyants a néanmoins ses admirateurs, à commencer par le Parti conservateur du Canada, qui a mis en ligne un formulaire de pétition visant à récolter des appuis à sa nomination à l'Ordre du Canada.
Les conservateurs y saluent «le style franc et direct» de Don Cherry qui «reflète un esprit d’authenticité et d’indépendance qui a trouvé un écho auprès de millions de Canadiens». Leur chef, Pierre Poilievre, a lui-même partagé la pétition en notant que Don Cherry «incarne la fierté d'être Canadien».
L'Ordre du Canada vise à reconnaître des «réalisations exceptionnelles», une «contribution extraordinaire à la nation» ou un dévouement remarquable envers une communauté.
Sans surprise, les bloquistes ont jugé que ces critères «disqualifient» à l'évidence Don Cherry, faisant notamment allusion à ses propos contre les francophones et contre les femmes dans le milieu sportif.
Le ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes, Marc Miller, s'est montré agacé face à la mise en nomination. M. Miller a évoqué les propos racistes et xénophobes du commentateur en signalant que sa propre famille est suédoise. «Donc je laisse ça là», a-t-il dit avant de tourner les talons.
Don Cherry, aujourd'hui âgé de 92 ans, avait étalé au fil des ans des opinions tranchées sur les joueurs nés à l'étranger, particulièrement les Suédois, les Finlandais et les Russes. Il avait décrit les Autochtones comme des «sauvages» et des «barbares».
Les Québécois, eux, sont des «pleurnichards» et le médaillé d'or olympique Jean-Luc Brassard, un «illustre inconnu francophone». À noter: seuls les «peureux» d'Européens et de francophones portent une visière protectrice au hockey, jugeait-il.
Don Cherry est un grand partisan des bagarres dans la LNH et taxe ceux qui s'y opposent d'être des «déchets» et des «hypocrites». À l'inverse, il n'apprécie pas la présence de femmes journalistes dans les vestiaires. Ça l'embarrasse, évoquait-il.
Ce n'est qu'en 2019 que le personnage, qui jouissait néanmoins d'une grande popularité dans le Canada anglais, a perdu son micro, congédié pour des propos largement considérés comme racistes à l'égard des immigrants.
Michel Saba, La Presse Canadienne