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Eric Girard juge malavisée l'interdiction du whisky «Crown Royal» en Ontario

durée 04h00
20 janvier 2026
La Presse Canadienne, 2026
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3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, affirme avoir fait part de ses inquiétudes à son homologue ontarien concernant l'intention de cette province de retirer le whisky «Crown Royal» des succursales de la Société des alcools du Québec (SAQ). Il estime que le moment est mal choisi pour perturber davantage les chaînes d'approvisionnement canadiennes.

Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, a déclaré que le boycottage de «Crown Royal», qu'il entend lancer le mois prochain, est une mesure de représailles à la décision de Diageo, la société mère, de fermer son usine d'embouteillage à Amherstburg, en Ontario. La fermeture de l'usine ontarienne touchera environ 200 emplois.

M. Ford pense que ces emplois ontariens seront délocalisés aux États-Unis. L'an dernier, Diageo a annoncé la construction d'une nouvelle usine en Alabama. Diageo, le géant britannique des boissons alcoolisées, a annoncé que le «Crown Royal» destiné au Canada et aux marchés d'exportation hors États-Unis sera embouteillé dans son usine québécoise de Valleyfield, au sud-ouest de Montréal.

Dans une déclaration aux médias, Eric Girard a affirmé comprendre les préoccupations des travailleurs ontariens touchés par cette situation et a souligné que «personne ne souhaite voir des emplois disparaître». Il s'est toutefois dit préoccupé par les répercussions que cela pourrait avoir sur les activités au Québec.

M. Girard a également mis en garde l'Ontario quant au moment choisi pour son boycottage.

«Le Québec et l’Ontario ont une longue histoire de partenariats économiques basés sur la collaboration. Dans le contexte économique incertain que nous vivons, notamment avec les tensions commerciales avec nos voisins du sud, ce n’est pas le moment de multiplier des mesures qui risquent de fragiliser davantage les chaînes de production canadiennes», a-t-il lancé.

Dans son annonce du mois d'août concernant la fermeture de son usine ontarienne d'ici février, Diageo a précisé que le «Crown Royal» continuerait d'être brassé, distillé et vieilli au Canada, comme c'est le cas depuis 1939. L'entreprise a également indiqué récemment qu'elle maintiendrait son siège social et ses entrepôts dans la région du Grand Toronto, et que l'usine de Gimli (Manitoba), qui emploie environ 76 personnes et s'approvisionne auprès d'agriculteurs locaux, resterait ouverte.

M. Girard a dit avoir fait part de ses préoccupations au ministre des Finances de l'Ontario, Peter Bethlenfalvy.

«Ma priorité, comme ministre, c’est la protection des travailleurs canadiens, incluant ceux du Québec qui œuvrent à Valleyfield et qui vont être touchés par une telle décision», a-t-il affirmé dans un communiqué aux médias.

Le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, a entrepris une démarche similaire auprès de M. Ford la semaine dernière, lui demandant de ne pas mettre sa menace à exécution.

«Je vous demande de reconsidérer votre position, car il s'agit de rester unis en tant qu'Équipe Canada. Nous savons que nous sommes solidaires face aux États-Unis. Mais un pays divisé ne peut subsister. Nous devons rester unis en tant que dirigeants provinciaux», a déclaré M. Kinew, faisant référence à la guerre commerciale que mène le Canada contre l'administration Trump, qui a imposé des droits de douane sur les produits canadiens et a menacé d'annexer le pays par la force économique.

Lors d'une conférence de presse lundi, M. Ford a dit: «Ma priorité absolue est de protéger les travailleurs et travailleuses de l'Ontario, leurs communautés et la population ontarienne. Je ferai tout ce qu'il faut pour y parvenir.»

Si l'Ontario maintient le boycottage, M. Kinew a indiqué qu'il ne prévoyait pas de retirer les spiritueux ontariens des rayons du Manitoba en guise de représailles. Il a affirmé qu'il ne serait pas juste de prendre une mesure qui nuise aux emplois canadiens.

Une porte-parole de la Régie des alcools du Québec a indiqué qu'elle ne retirerait pas non plus la marque «Crown Royal», en raison du lien avec l'usine québécoise.

— Avec des informations d'Allison Jones à Toronto

Sidhartha Banerjee, La Presse Canadienne