Le stress ne cause pas le cancer, conclut une nouvelle méta-analyse

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Le stress ne cause pas le cancer, conclut une nouvelle méta-analyse à laquelle ont participé des chercheurs canadiens et qui vient déboulonner un mythe bien ancré dans la croyance populaire.
La seule exception concerne le cancer du poumon. Mais même dans ce cas, l'association constatée avec le stress est plutôt modeste et devient encore plus faible quand on ajoute d'autres facteurs à l'équation.
«On oublie qu'il y a plusieurs facteurs de risque connus pour le cancer qui sont basés sur la science, a réagi la professeure Marie-Ève Pelland, qui est psychologue au sein du département de radio-oncologie du Centre hospitalier de l'Université de Montréal. Mais on aime imaginer qu'on a d'autres locus de contrôle, comme la gestion du stress, ou des moyens de faire de la prévention.»
Les auteurs de l'étude tirent leurs conclusions de l'analyse de tout près de 422 000 patients originaires du Canada, des Pays-Bas, du Royaume-Uni et de la Norvège. Après un suivi de 15 ans, rien ne démontre que des facteurs psychosociaux augmentent le risque global de cancer, rapportent-ils.
Les résultats de l'analyse, écrivent les auteurs, «indiquent que, pour le cancer en général et pour la plupart des types de cancer, une simple évaluation du soutien social perçu, de la perte récente d'un proche, de la situation relationnelle, du névrosisme et de la détresse générale n'était pas associée à un risque accru d'incidence (de cancer)».
Ils précisent en revanche que la manière dont les gens réagissent au stress pourrait augmenter leur risque de développer un cancer.
Ainsi, si un individu se tourne vers le tabac, l'alcool ou une alimentation de moins bonne qualité pour affronter la situation, il s'exposera à de véritables facteurs de risque du cancer, préviennent les chercheurs.
Les données sont un peu plus nébuleuses en ce qui concerne le cancer du poumon, puisque dans ce cas, l'association potentielle entre la maladie et le stress reste encore à éclaircir.
«Les effets de la dépression, de l'anxiété, du soutien social perçu, d'un deuil récent et de la situation relationnelle (...) pourraient s'expliquer par un facteur commun tel que la solitude, dont il a déjà été démontré qu'elle était liée à l'incidence du cancer du poumon, expliquent ainsi les auteurs de l'étude. La solitude et l'isolement social ont également été associés à des réponses neurophysiologiques, ce qui pourrait également expliquer le risque accru de cancer du poumon.»
Qui plus est, quand on tient compte de facteurs comme le tabagisme ou des antécédents familiaux de cancer du sein, l'association s'évapore presque complètement, précisent les chercheurs.
Les patients frappés par un cancer, surtout en l'absence de facteurs de risque évidents, cherchent à comprendre et à expliquer pourquoi cela leur arrive, a dit Marie-Ève Pelland, et il n'est pas rare de les entendre pointer du doigt leur gestion d'un stress dans leur vie.
«Notre cerveau est fait pour chercher des raisons, a indiqué Mme Pelland. Et quand on ne peut pas mettre le doigt dessus, on ressent un sentiment d'impuissance.»
Dans ce contexte, une méta-analyse qui démontre que le stress n'y est fort vraisemblablement pour rien est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle, a-t-elle souligné.
Une bonne nouvelle, parce que cela pourra déculpabiliser les patients qui attribuent leur maladie au stress qu'ils croient avoir mal géré. Mais aussi une mauvaise nouvelle, parce que cela les prive du même coup de l'explication qu'ils cherchent pour comprendre ce qui leur arrive.
«De dire, je comprends, j'ai vécu un événement significatif, la perte d'un conjoint ou quelque chose comme ça, des fois les gens, ça les soulage partiellement de ce sentiment d'impuissance, mais de l'autre côté, ça crée de la culpabilité», a dit Mme Pelland.
La meilleure façon de reprendre le contrôle, conclut-elle, est de se concentrer sur les choses qu'on contrôle réellement, comme notre présence aux rendez-vous médicaux, notre alimentation ou notre sommeil.
Les conclusions de la méta-analyse ont été publiées par le journal médical Cancer.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne