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Première journée d'audience sur la mort de Myles Gray, battu à mort par la police

durée 20h34
19 janvier 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

VANCOUVER — La mère de Myles Gray, décédé il y a plus de dix ans des suites de violences policières à Vancouver, a témoigné, lors de la première journée d'audience publique sur la mort de son fils, de son choc lorsqu'on lui a annoncé son décès après qu'elle ait appelé le 911 pour signaler sa disparition.

Pour l'identifier, la police n'a pas montré de photos de son fils décédé à Margaret Gray, mais seulement les colliers qu'il portait.

«Ils étaient couverts de boue et de sang», a-t-elle raconté lundi lors de l'audience convoquée par le commissaire aux plaintes contre la police de la Colombie-Britannique, qui se tient au centre-ville de Vancouver et devrait durer dix semaines.

Elle a expliqué avoir été accueillie par des membres du Bureau des enquêtes indépendantes et qu'«à ce moment-là, je me suis effondrée et j'ai hurlé de douleur».

Aucun des sept policiers de Vancouver impliqués dans la confrontation fatale avec M. Gray, qui traversait une crise de santé mentale, n'a jamais été inculpé ni reconnu coupable d'acte répréhensible par la police.

Les sept policiers ont nié lundi les allégations d'abus d'autorité et de négligence dans l'exercice de leurs fonctions liées à son décès. Cinq personnes étaient présentes au début de l'audience, deux étaient absentes mais représentées par leurs avocats.

L'audience a permis d'entendre l'enregistrement de l'appel au 911 passé par Margaret Gray le jour du décès de son fils de 33 ans, le 13 août 2015.

Elle a expliqué que son fils, originaire de Sechelt, était à Vancouver ce jour-là pour effectuer des livraisons pour son entreprise de fleurs, et qu'un employé l'avait appelée pour signaler que M. Myles avait abandonné sa camionnette sans ses clés ni son portefeuille, alors que des marchandises d'une valeur de plusieurs milliers de dollars restaient à livrer.

On l'entend dire à la répartitrice du 911 qu'il était inhabituel pour son fils de simplement «s'éloigner» pendant qu'il travaille, et elle a témoigné que son fils avait commencé à avoir un comportement étrange vers l'âge de 18 ans et qu'on lui avait finalement diagnostiqué un trouble bipolaire.

Elle a indiqué que ni la police ni le coroner ne lui avaient jamais demandé d'identifier le corps de son fils, qui présentait des blessures, notamment une rupture des testicules et des fractures à l'orbite, au nez, au larynx et à une côte. En 2023, l'enquête du coroner sur la mort de M. Gray a conclu à un homicide. Le coroner, Larry Marzinzik, a toutefois précisé au jury que ce terme était neutre et n'impliquait aucune faute ni responsabilité.

Un ambulancier a raconté lors de l'enquête que les ecchymoses de M. Gray étaient si importantes qu'il n'avait pas été initialement identifié comme un homme blanc.

Une famille dévastée

À la sortie de l'audience, la sœur de Myles Gray, Melissa Gray, a confié se souvenir de son frère pour son humour et que sa mort avait «dévasté» sa famille.

Elle a ajouté que la présence de certains des policiers impliqués dans sa mort était «déchirante» et a déclaré aux journalistes, lors d'une pause, que «ce système est absurde».

Le dispositif de sécurité pour l'audience comprend un contrôle par détecteur de métaux.

«Ils ont tué quelqu'un, pas nous, et pourtant nous devons passer par un détecteur de métaux ?» s'est-elle indignée.

Elle a conclu en disant qu'elle souhaitait que les policiers aient «honte de ce qu'ils ont fait à mon frère».

«Mon frère est quelqu'un de bien, et personne ne mérite ça. Surtout pas quelqu'un qui souffre de troubles mentaux, car ce n'est pas comme ça qu'on traite quelqu'un. On ne traite pas quelqu'un comme un animal», a-t-elle dit.

Erin White a confié être une amie de Myles Gray et qu'il était difficile d'entendre salir sa réputation, alors que l'attention devrait se porter sur les policiers et «non sur la victime».

L'avocat Brian Smith, conseiller juridique du Bureau du commissaire aux plaintes contre la police, a expliqué aux journalistes la semaine dernière qu'on ignorait si l'un des sept policiers témoignerait, car ils ne peuvent y être contraints.

Les sept agents visés par les allégations sont les agents Kory Folkestad, Eric Birzneck, Derek Cain, Josh Wong, Beau Spencer, Hardeep Sahota et Nick Thompson.

M. Cain et M. Folkestad sont absents de l'audience devant la juge Elizabeth Arnold-Bailey, une ancienne juge de la Cour suprême de la Colombie-Britannique, pour des raisons médicales.

La famille de Myles Gray a demandé la tenue d'une audience après que l'instance disciplinaire a blanchi les sept policiers de toute faute en 2024. Cependant, l'avocat chargé des audiences publiques, Brad Hickford, affirme que l'instance a relevé des «lacunes» dans le processus disciplinaire.

La semaine dernière, Margaret Gray a déclaré espérer que l'audience révélerait toute la vérité sur la mort de son fils et expliquerait pourquoi «la responsabilité n'a pas été engagée», aucun des policiers impliqués dans l'altercation fatale n'ayant jamais été inculpé.

Darryl Greer, La Presse Canadienne