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Un nouveau café aux arômes souverainistes ouvre ses portes à Montréal

durée 11h55
14 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

5 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Lorsque l’on entre dans le café Club Pays à Montréal, la première chose que l’on remarque, ce sont les affiches aux slogans en faveur de la souveraineté du Québec qui recouvrent tous les murs.

Doté de canapés confortables, d’un comptoir à expresso en bois poli, d’une petite scène et même d’une salle de conférence, le Club Pays a ouvert ses portes au public vendredi et s’apprête à devenir un lieu phare du mouvement indépendantiste québécois à Montréal.

«Certains pays naissent dans la fête», peut-on lire sur l’une des affiches accrochées au mur à côté de l’endroit où Camille Goyette-Gingras, 32 ans, était assise lorsqu’elle s’est entretenue avec La Presse Canadienne.

Elle préside une organisation souverainiste québécoise appelée Organisations unies pour l'indépendance (Oui Québec), qui gère ce nouveau café.

Au-delà du café et des collations, Mme Goyette-Gingras a affirmé que le lieu servirait également aux gens un aperçu de la politique indépendantiste.

«Nous voulions joindre l'esprit de fête à la lutte pour l'indépendance, car, pour nous, créer un pays est un moment de joie collective», a-t-elle déclaré à l'intérieur du café.

Ce café est le dernier-né d’une ville qui compte déjà toute une gamme d’établissements pour tous les goûts, notamment un café pour les amoureux des chats, un autre dédié à la céramique ainsi qu’un café pour les passionnés de jeux vidéo.

Les gérants du Club Pays affirment que leur établissement sera le premier du genre, illustrant la manière dont les milléniaux et la génération Z s’approprient le mouvement indépendantiste dans un contexte de promesses renouvelées d’un référendum. Ils ajoutent que cela reflète un enthousiasme pour la souveraineté du Québec qui dépasse le cadre d’un parti politique particulier.

Leur espace était en fait ouvert à leurs propres membres et à d’autres groupes de défense représentant les jeunes, les aînés et les féministes depuis octobre, avant d’être ouvert au grand public.

«Les gens frappaient à la vitrine, a raconté Mme Goyette-Gingras. Vous seriez surpris de voir à quelle fréquence ils entraient pour découvrir qui est ce groupe de jeunes qui ouvre un café sur la rue Saint-Hubert. Leur curiosité est sincère et merveilleuse, et nous avons régulièrement des discussions vraiment intéressantes.»

Installés dans un quartier connu pour sa population latino-américaine, les employés du café affirment vouloir démystifier le mouvement souverainiste québécois, en répondant aux questions et aux préoccupations de personnes de tous horizons.

«Pour certaines personnes, c’est la première fois qu’elles rencontrent un indépendatiste, a reconnu Mme Goyette-Gingras. Quand on ne voit les choses qu’à la télévision, il est vrai qu’on n’a pas l’impression qu’on s’adresse à nous en tant qu’êtres humains.»

Mme Goyette-Gingras a ajouté que le Club Pays organisera également des événements et servira d’espace de travail, le tout dans le but de promouvoir les discussions autour de la culture québécoise et du mouvement indépendantiste.

S'inspirer du modèle catalan

Les membres de Oui Québec espèrent également que leur nouveau café servira d’inspiration et débouchera sur la création d’un réseau de lieux souverainistes à travers le Québec.

Alex Valiquette, responsable des communications chez Oui Québec, a expliqué avoir importé cette idée après un échange étudiant l’année dernière en Espagne, lors duquel, il a visité plusieurs bars et cafés de Barcelone soutenant le mouvement indépendantiste catalan.

Les recettes de ces lieux gérés par des groupes souverainistes les aident à financer d’autres activités politiques, a-t-il expliqué.

«Au Québec, nous sommes déjà une société qui investit et qui est connue pour ses coopératives et son économie sociale. Je me suis dit: “Hé, il y a tellement de choses à faire avec ça”», a-t-il souligné.

Le mouvement souverainiste catalan remonte au 19e siècle. Le dictateur espagnol Francisco Franco a aboli l’autonomie de la Catalogne en 1938, et les Catalans ont organisé leur propre référendum en 2017. Les dirigeants du mouvement ont été emprisonnés en tant que prisonniers politiques et graciés en 2021.

M. Valiquette n’est pas le premier à établir des comparaisons entre les mouvements d’indépendance du Québec et de la Catalogne. Des politiciens comme le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchette, et la chef parlementaire de Québec solidaire, Ruba Ghazal, se sont rendus en Catalogne pour participer à des conférences et distribuer des lettres aux prisonniers politiques.

L'Assemblée nationale du Québec a également adopté à l'unanimité une motion de soutien aux Catalans en 2019.

Mais malgré leurs rêves et leurs espoirs pour ce nouveau café, les sondages au Québec suggèrent qu'il leur reste du chemin à parcourir.

Bien qu’un sondage CROP réalisé en août dernier ait révélé que 56 % des personnes âgées de 18 à 34 ans se disaient favorables à l’idée de l’indépendance, d’autres sondages menés ces dernières années ont systématiquement indiqué que seuls 30 % des Québécois voteraient «oui» lors d’un référendum sur la souveraineté.

La souveraineté portée par les jeunes ?

Valérie-Anne Mahéo, professeure de sciences politiques à l’Université Laval, reconnaît que la plupart des Québécois ne sont pas pressés de militer pour la souveraineté à l’heure actuelle, mais elle estime que des espaces citoyens comme ce café peuvent contribuer de manière positive à la démocratie en favorisant le dialogue et en luttant contre la polarisation.

«Cela fait longtemps que nous n’avons pas eu de véritable débat sur les avantages et les inconvénients (de l’indépendance du Québec), a-t-elle relevé. Il y a une nouvelle génération, qui n’a pas connu les moments forts des campagnes du “oui”, qui n’a pas connu les grands débats de société sur l’avenir du Québec.»

Mais Mme Goyette-Gingras a estimé qu’une «troisième vague souverainiste» se préparait parmi les jeunes Québécois.

Cette dernière s'est jointe au mouvement indépendantiste après avoir participé à d’importants mouvements de protestation sociale au Québec, notamment en 2012, lorsque des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pendant des semaines, tapant sur des casseroles pour protester contre les hausses proposées des droits de scolarité universitaires.

Durant la dernière année, des artistes ouvertement séparatistes ont gagné en popularité, comme le rappeur Kinji00 et la chanteuse Lou-Adriane Cassidy — qui a remporté quatre prix ADISQ, dont celui de la meilleure artiste féminine. Des pages de mèmes promouvant des idées souverainistes rassemblent plus de 100 000 abonnés et des organisations étudiantes séparatistes ont vu le jour dans les cégeps et les universités.

Le message n'est plus porté que par les partis politiques, soit le Parti Québécois et Québec solidaire ce qui décentralise le mouvement séparatiste, a fait valoir Mme Goyette-Gingras.

Elle a ajouté que si les politiciens ont un rôle à jouer, le mouvement indépendantiste doit être plus large et plus inclusif.

«La culture québécoise perdure précisément parce qu’elle est en constante évolution. L’une des raisons pour lesquelles la culture québécoise a perduré est qu’elle s’est imbriquée avec les personnes qui se sont installées au Québec», a déclaré Mme Goyette-Gingras.

Elle ajoute qu’au Club Pays, tout le monde est le bienvenu.

Erika Morris, La Presse Canadienne