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Un sondage met en lumière l'ambivalence des Canadiens envers la «fast-fashion»

durée 05h00
22 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — La majorité des Canadiens sont conscients de l’impact environnemental important de la «fast-fashion». Mais le faible prix des vêtements fabriqués par cette industrie fait qu’environ 74 % d’entre eux en achètent quand même, selon un sondage commandé par l'organisme le Jour de la Terre, qui met en lumière l’ambivalence des consommateurs envers la surconsommation de vêtements.

Chaque seconde, l'équivalent d'un camion à ordures rempli de vêtements est incinéré ou envoyé à la décharge, selon de récentes données du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE).

Au Québec, la quantité de vêtements jetés aux poubelles et expédiés dans des sites d’enfouissement a plus que doublé en dix ans, pour atteindre 344 tonnes en 2023.

«Pourtant, la population n'a pas doublé!», souligne Valérie Mallamo, directrice du Jour de la Terre.

Cette hausse importante, selon le bilan de la gestion des matières résiduelles de RECYC-QUÉBEC, est le résultat «du phénomène de la fast-fashion».

Il n’y a pas si longtemps, «on avait des cycles de mode qui étaient saisonniers, mais maintenant, dans une même saison, on peut avoir plusieurs collections, c’est ce qu’on appelle la fast-fashion», que l’on peut également qualifier de «prête à jeter», explique Valérie Mallamo.

«Les prix, très bas, sont des incitatifs à acheter plus, alors les collections tournent très rapidement» et «on consomme beaucoup plus de vêtements», mais «on les garde moins longtemps parce qu’ils sont aussi de moins bonne qualité».

Le sondage Ipsos commandé par l’organisme que Valérie Mallamo dirige montre que 81 % des Canadiens reconnaissent qu’ils achètent plus de vêtements qu’ils en ont besoin et 74 % soutiennent acheter des vêtements issus de la mode éphémère.

Un peu moins que la moitié, soit 49 %, tentent d’éviter ce type d’achats pour des raisons environnementales.

Malgré tout, 38 % des Canadiens considèrent qu’au moins la moitié de leur garde-robe est composée de vêtements produits par l’industrie de la mode éphémère.

Une empreinte écologique considérable

L’empreinte écologique de l’industrie de la mode éphémère va bien au delà des dépotoirs qu’elle remplit.

L'industrie de la mode est responsable de près de 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

À l’échelle de la planète, cette industrie consommerait 79 000 milliards de litres d’eau par an, et serait responsable d’environ 20 % de la pollution industrielle de l’eau en raison du traitement et de la teinture des textiles, selon une étude publiée dans la revue Nature en avril 2020.

Une «solution pour joindre les deux bouts»

Malgré leurs émissions de GES importantes, leur surconsommation d’eau, la quantité de microplastique et de produits chimiques qu’ils rejettent dans les écosystèmes, les géants de la mode éphémère, comme Shein, Uniclo, Zara ou encore H&M, ont le vent dans les voiles.

«Le marché mondial de la mode ultrarapide devrait atteindre un demi-billion de dollars au cours de cette décennie», selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

«Beaucoup de gens disent que c’est une solution pour rejoindre les deux bouts», remarque avec justesse Valérie Allamo, en soulignant du même souffle que des solutions de rechange existent.

Comme le prix est un critère significatif dans l’achat d'un vêtement, et parce que, comme le montre le sondage, les Canadiens préféreraient ne pas encourager une industrie polluante qui exploite ses travailleurs, «le marché du seconde main devient une très bonne alternative à envisager», soutient Valérie Mallamo.

La popularité de plateformes comme «Marketplace démontre à quel point il y a un intérêt pour vendre et acheter des vêtements usagés, un marché qui a explosé dans les quinze dernières années», souligne-t-elle.

«Non seulement c'est rendu acceptable socialement, mais on considère que c'est un geste sensé, pour le portefeuille et pour l'environnement.»

Le sondage d’Ipsos montre que 58 % des Canadiens sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle «acheter et vendre des vêtements d’occasion me donne l’impression de faire partie d’un mouvement plus large, et pas seulement de faire un choix personnel».

Ce sentiment est plus fortement partagé (58 %) par les Canadiens dont le revenu familial est inférieur à 40 000 $.

Plus la famille est grande, plus elle encourage la mode éphémère

Le sondage Ipsos montre aussi que la mode éphémère semble être populaire au sein des familles qui sont plus nombreuses.

Ainsi, 82 % des ménages avec des enfants sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle l’industrie de la mode éphémère est «le moyen le plus abordable d'acheter des vêtements», contre 71 % des ménages sans enfants.

Parmi les ménages avec des enfants de moins de 18 ans, 57 % déclarent que la moitié ou plus de leurs vêtements proviennent de la mode éphémère, contre 34 % pour les ménages sans enfants à la maison.

De façon plus générale, la moitié des Canadiens, soit 51%, affirment que l'industrie de la mode éphémère répond à un besoin en proposant des vêtements à bas prix, alignés avec les dernières tendances.

Stéphane Blais, La Presse Canadienne