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Mordre dans la vie à 97 ans !

Une publication Néomédia
Les membres de l'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées ont écouté avec beaucoup d'attention les conseils de Lucienne Courtien-Bienvenu, en conférence le 18 juin. L'ex-Carignanoise de 97 ans est venue à Chambly pour dévoiler le secret de sa longévité.
Photo: Courtoisie

Les membres de l'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées ont écouté avec beaucoup d'attention les conseils de Lucienne Courtien-Bienvenu, en conférence le 18 juin. L'ex-Carignanoise de 97 ans est venue à Chambly pour dévoiler le secret de sa longévité.

Lucienne Courtien-Bienvenu a 97 ans. « Et cinq mois ! » À l'entendre parler, il est difficile de le croire. D'une vivacité d'esprit étonnante, l'ex-Carignanoise prend plaisir à partager ses souvenirs… et à les agrémenter de rappels historiques qui trahissent son passé d'institutrice. Il faut dire que des souvenirs, elle en a accumulés depuis le jour de sa naissance, le 27 janvier 1916.

« Mon histoire commence durant la Grande Guerre », précise-t-elle. Une époque sombre dont elle garde un vague souvenir. « Quand l'Armistice a été signée, en novembre 1918, les gens criaient dans la rue. J'avais presque trois ans et les adultes criaient fort. Ça m'a marquée. À l'époque, je ne savais pas ce qui se passait, mais plus tard on m'a dit que c'était ça. »

Le secret de la longévité

Si Lucienne peut aujourd'hui témoigner de près d'un siècle d'histoire, c'est parce qu'elle a pris bien soin de demeurer active. « Je prends des cours d'espagnol depuis cinq ans. Je fais partie d'une chorale. J'aime beaucoup jouer au bridge, mais les occasions de le faire sont un peu plus rares. Ah oui ! Je vais aussi à des concerts ! »

Ces activités, jumelées à des cours de finances, d'allemand et de danse lui ont garanti une retraite bien remplie. « J'ai été trop occupée pour avoir le temps de mourir », lance-t-elle à la blague.

« Il faut combattre le syndrome de la chaise berçante », renchérit-elle. « Pour être bien moderne, je devrais plutôt dire qu'on doit garder notre capacité de tripper ! » Et ce qui fait tripper cette nonagénaire, c'est apprendre. « Il y a quelques années, ma vieille carcasse a commencé à faire défaut et j'ai pensé finir mes jours en fauteuil roulant. J'ai décidé de suivre des cours de peinture, parce que ça pouvait me garder active, même assise. Puis quand mes yeux et mes mains ont arrêté de suivre, j'ai commencé l'espagnol. » Elle avait alors 92 ans !

Malgré ce qu'on pourrait croire, Lucienne semble plus fringante que bien des gens qui ont vingt ans de moins qu'elle. Le regard vif, le sourire facile, la posture étonnamment droite pour son âge. Elle dit qu'avec le temps, elle a « refoulé ». Mais elle marche toujours - à l'aide de cannes - et vit encore chez elle, à Longueuil. « Ma fille reste avec moi », précise-t-elle, en jetant un regard tendre vers celle-ci, assise non loin.

Autobiographie

Ce sont d'ailleurs ses trois enfants qui l'ont poussée, en 2008, à rédiger son autobiographie. Un passe-temps qui l'a occupée pendant deux ans. « J'ai écrit mon histoire à l'ordinateur. Je ne fais pas de prouesses, mais je me débrouille avec le traitement de texte », souligne-t-elle humblement.

Le résultat de ces efforts ? 600 pages de souvenirs, réunis en deux tomes intitulés Ma grosse boîte de petits souvenirs. Bien qu'ils ne soient pas disponibles en librairie, ces livres représentent un bel héritage pour ses trois enfants, quatre petits-enfants et cinq arrière petites-filles. Un pan de l'histoire rendu accessible par la mémoire phénoménale de leur ancêtre. « J'ai tout vu, de la Grande Guerre à ce que vous avez connu depuis les Beatles, la LSD et René Lévesque ! », lance-t-elle, sourire en coin.

Un siècle d'innovations

L'apparition du téléphone, de la radio, de la télévision…Lucienne s'en souvient encore parfaitement. « Quand la télévision est arrivée, on se disait qu'on allait perdre notre temps. Parce que la radio, on faisait de la couture pendant qu'on l'écoutait. Devant la télévision, on ne faisait rien. Mais les Canadiens Français ont appris énormément à partir de 1960 », raconte-t-elle d'une voix vive.

Et les Canadiennes Françaises aussi. Lorsqu'elle parle des technologies qui ont marqué le 20ème siècle, Lucienne évoque inévitablement la pilule contraceptive. Une innovation qui, selon elle, a contribué à l'émancipation de la femme. « Je pense qu'elle s'est montrée bien intelligente de prendre sa place. Je ne veux pas qu'on me considère seulement comme une servante qui a la bouche fermée, mais comme quelqu'un qui a des idées », clame-t-elle, les yeux pétillants.

Et c'est ainsi que l'a toujours perçue son mari Léo, avec qui elle a passé 59 ans de sa longue vie. « J'ai eu un mariage heureux. Quand Léo est décédé, il y a onze ans, je l'ai pleuré ! Et je l'aimais comme au premier jour…»

Ce n'est pas fini

Malgré cette perte, Lucienne se considère chanceuse. « J'ai eu une famille aimante, normale, où il n'y avait pas de drame. Chez nous, on jouait du piano, on chantait. J'ai eu une belle enfance et une belle vie. C'est pour ça que je ne veux pas partir ! »

Pourtant, Lucienne sait qu'ils sont nombreux à l'attendre. Son mari, son frère (décédé à 98 ans et 6 mois !), ses amis (dont un mort lors du débarquement de Dieppe, en 1942), ses soeurs… Elle n'est pas pressée pour autant de les rejoindre. Parce que comme elle le dit si bien : « Ils n'ont pas besoin de moi ! Qu'ils attendent ! »

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