Vitesse sur le Richelieu : des limites au plus vite
Par Claudy Laplante-St-Jean
Terminées les balades du dimanche après-midi pour Claude Boucher. Le Mathiassois n'ose plus naviguer sur «l'autoroute du bateau», alors que la rivière Richelieu devient un lieu d'attraction pour les amateurs de sports nautiques. Exaspéré de la grande vitesse et du bruit fait par certaines embarcations, le riverain souhaite que des limites soient imposées et que certains bateaux soient interdits.
«C'est le farwest. Il n'y a pas de règlements. Et même s'il y en avait, il y a personne pour les appliquer», lance d'entrée de jeu celui qui habite Saint-Mathias depuis plus de 25 ans.
Depuis une dizaine d'années, M. Boucher a vu le trafic augmenter sur la rivière, amenant avec lui un lot de conséquences.
«Des bateaux s'entrecoupent, d'autres font la course. Des embarcations enlèvent leur silencieux, d'autres mettent la musique très forte», explique celui qui a d'ailleurs signé une lettre envoyée au Journal par des citoyens de Saint-Mathias qui souhaitent que le problème soit réglé.
Ce dernier déplore que des bateaux passant trop près de la rive à grande vitesse créent des vagues qui contribuent à l'érosion des berges et qui font bouger les quais. La vitesse contribue aussi à brasser les sédiments qui se trouvent au fond de la rivière.
«Un dimanche après-midi, l'été dernier, alors que j'étais assis avec des invités sur mon quai, un bateau est passé près et nous a arrosés. Il l'a fait exprès», continue-t-il.
Un coin convoité
Le secteur de la rivière entre le Bassin de Chambly et Beloeil est très convoité, selon M. Boucher parce que les bateaux ont le champ libre, vu l'absence de marinas ou de restaurants. De plus, la rivière y est très creuse.
«C'est infernal. Ici, ne n'est pas un bateau au 15 minutes, mais un bateau par minute», confie-t-il en ajoutant que la plupart de l'action se déroule le week-end du matin au soir.
Le Mathiassois ne souhaite pas interdire à personne les promenades sur la rivière, mais seulement réglementer. Avant tout, la mise en place d'une limite de vitesse réglerait beaucoup de problèmes, selon lui.
M. Boucher suggère qu'une réglementation soit créée afin de confiner les <I>wakeboards<I> au Bassin de Chambly, où un circuit pourrait être banalisé pour ces embarcations. M. Boucher est aussi d'avis que les bateaux conçus pour la vitesse de type <I>cigar boat<I> soient limités sur la rivière.
Municipalités à l'action
M. Boucher désire que les municipalités interviennent auprès du gouvernement fédéral. «Ça fait 15 ans que j'en parle et rien n'a bougé. Chambly, Beloeil, Saint-Basile, Saint-Mathias; toutes ces municipalités devraient se concerter et intervenir», convient-il.
Qui patrouille ?
Bien que la Régie de police intermunicipale Richelieu-Saint-Laurent soit responsable de la sécurité dans le déplacement des bateaux dans le secteur qu'elle couvre, c'est présentement la Sûreté du Québec qui patrouille sur la rivière.
«Pour l'instant, nous n'avons pas de patrouille nautique. Nous en sommes venus à un protocole d'entente avec la Fraternité des policiers pour que ça soit la SQ qui patrouille, mais les membres l'ont rejetée. Le dossier fait partie de nos négociations», indique François Bigras, directeur de la Régie.
Celui-ci ajoute que le dossier est assez épineux puisque la réglementation relève du fédéral et qu'il est complexe de la modifier.
Matthew Dubé fait pression
Le député fédéral de Chambly-Borduas indique qu'il est impératif qu'Ottawa allège le processus de réglementation sur la rivière et souhaite que les municipalités riveraines aient plus de pouvoir pour limiter la vitesse des bateaux.
«La bureaucratie demande que des décisions soient prises par des gens qui ne viennent pas chez nous et qui ne comprennent malheureusement pas la réalité sur le terrain», a- expliqué M. Dubé, dans une sortie à ce sujet à la Chambre des communes, le 6 février dernier. Le gouvernement conservateur a d'ailleurs rejeté la motion du NPD, qui voulait faire en sorte que les municipalités puissent réglementer la vitesse sur l'eau.
Il a aussi fait état des fréquents excès de vitesse sur le Richelieu chaque été en plus de rappeler au gouvernement que la MRC de la Vallée-du-Richelieu et plusieurs municipalités riveraines avaient déjà demandé des limites de vitesse claires sur la rivière Richelieu.
Ce qu'ils en pensent :
«Je suis toujours d'accord avec des mesures de sécurité. On sait que les vagues endommagent les berges et la qualité de vie des citoyens. Mais, la problématique c'est de faire appliquer ces mesures. Notre revendication, c'est que la Régie patrouille sur le Richelieu», lance Denis Lavoie, maire de Chambly, en parlant du fait que c'est plutôt la SQ qui patrouille sur la rivière et non la Régie.
«Il faut comprendre que dans la plage de vitesse entre 10 et 30 km/h, le bateau est en régime de déjaugeage et crée moins de vagues. Il y a de plus en plus d’embarcations et elles sont de plus en plus grosses. Il faut donc légiférer. Cette limite de vitesse viendrait aussi réduire le bruit produit par les <@Ri>speed boats<@$p>», indique le préfèt de la MRC, Gilles Plante qui souhaite que la limite soit fixée à 30 km/h.
«La Ville appuie la motion de Matthew Dubé. Comme on n'a pas de juridiction sur le cours d'eau, qui est du domaine fédéral, on le laisse aller dans le bon sens», explique Gilles Prairie, directeur général et secrétaire-trésorier de Saint-Mathias-sur-Richelieu.
«Il faut aller dans la bonne direction pour assurer la protection de l’environnement, la sécurité d’autres types d’embarcations [...] et la protection des différentes installations publiques ou privées. […] Un jour, nous aurons finalement notre limite de vitesse pour le bien de notre communauté», lance Matthew Dubé, député fédéral de Chambly-Borduas.
