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Rapport du BAPE

La réduction des déchets à la source doit être au cœur de la stratégie

durée 12h00
30 janvier 2022
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne

Le ministère de l’Environnement et Recyc−Québec doivent revoir leurs stratégies et miser sur «la réduction à la source» et le «réemploi» afin de diminuer la quantité grandissante de déchets envoyés à l’enfouissement, selon le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). 

En 2019, le gouvernement du Québec s’est donné comme objectif de diminuer à 525 kilogrammes ou moins les matières éliminées par habitant avant 2023, «un objectif improbable» selon le président de la commission d’enquête Joseph Zayed et le commissaire Pierre Renaud. 

Le rapport de 623 pages qu’ils ont soumis mardi souligne qu’en 2019, «la quantité de matières résiduelles éliminées par habitant atteignait 724 kg, soit environ 3 % de plus que l’objectif fixé pour 2015 et 38 % de plus que l’objectif de 525 kg fixé pour 2023» dans le Plan d’action 2019−2024 du gouvernement.

«On a un problème d’enfouissement parce que les efforts n’ont pas été mis en amont», a souligné Joseph Zayed.

Le rapport souligne que «la réduction à la source» est le maillon faible de la gestion de la stratégie du gouvernement. 

La commission est d’avis que Recyc−Québec gagnerait considérablement à revoir sa vision en plaçant «la réduction, le réemploi et l’économie circulaire au cœur de ses objectifs et en développant des pôles d’excellence qui revêtent une importance stratégique». 

Le rapport précise que la réduction des déchets à la source et le réemploi «occupaient une place secondaire dans les mesures gouvernementales adoptées jusqu’à maintenant» et la commission «y voit donc une opportunité pour Recyc−Québec de développer de nouvelles stratégies et d’adopter des mesures plus musclées visant principalement» ces deux mesures plutôt que de mettre l’emphase sur le recyclage. 

L’interdiction de la mise en marché de «certains produits non recyclables, à usage unique ou de courte vie» devrait être considérée par le gouvernement, selon les commissaires. 

Questionné à savoir quels types de produits pourraient faire l’objet d’une interdiction, le commissaire Pierre Renaud n’a pas voulu donner de détails, se contentant de mentionner qu’on peut imaginer l’interdiction de «certains produits d’emballage de restauration rapide».  

Les commissaires ont souligné que les mesures volontaires avaient atteint leur limite et que le gouvernement devra «prendre des actions assez robustes». 

La commission suggère notamment d’instaurer des écofrais sur certains produits à usage unique et la mise en place «d’un droit à la réparation» ainsi que des outils de lutte contre l’obsolescence programmée. 

Sites d’enfouissement
À moins d’une diminution importante de la production de déchets, neuf des 38 sites d’enfouissement de la province auront atteint leur capacité maximale en 2030 et 13 autres l’atteindraient entre 2030 et 2041, selon le rapport.

Les commissaires rapportent qu’il faudra donc en créer de nouveaux dans les prochaines années.

Équiterre dit accueillir «très favorablement» les recommandations du rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. 

«Le déchet le plus facile à gérer, c’est celui qu’on ne produit pas et le BAPE le souligne à gros trait», a indiqué Amélie Côté, analyste en réduction à la source chez Équiterre, en ajoutant «qu’il y a une limite à essayer d’enfouir nos problèmes». 

Amélie Côté félicite d’ailleurs les commissaires d’avoir souligné la nécessité de hausser «les redevances à l’élimination qui sont actuellement nettement insuffisantes pour être dissuasives», en ajoutant que «si c’est moins cher de jeter que de réduire ou de recycler, il est farfelu de croire qu’on sera en mesure de progresser en la matière».

Le gouvernement reconnaît qu’il y a «beaucoup de travail à faire»

Dans un communiqué publié mardi après−midi, le ministre Benoit Charette a reconnu qu’il reste «beaucoup de travail à faire pour mieux gérer nos matières résiduelles» et que les conclusions du BAPE «seront prises au sérieux» et qu’elles guideront la suite des actions de son ministère.

Benoit Charette a également tenu à indiquer que son gouvernement a mis en œuvre «d’importants chantiers» comme la modernisation de la collecte sélective, l’élargissement de la consigne, la stratégie de valorisation de la matière organique ou encore l’élargissement du Règlement sur la récupération et la valorisation de produits par les entreprises.

Recyc−Québec a également réagi au rapport en signalant son intention de mettre «la réduction à la source» au coeur de sa stratégie

«Lors des audiences, nous avons démontré qu’il fallait massivement investir efforts et ressources dans la réduction à la source et les stratégies d’économie circulaire telles que le réemploi et la réparation, ainsi que dans le secteur de la construction, rénovation et démolition, puisque les résidus issus de ce secteur représentent environ 28 % des matières éliminées annuellement», a souligné Sonia Gagné, présidente−directrice générale de Recyc−Québec.   

Pendant un an, le BAPE a mené une enquête auprès de 1000 citoyens à travers la province, à la demande du ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, afin d’établir cet état des lieux de la gestion des déchets.

Stéphane Blais, La Presse Canadienne

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