Études de chercheurs norvégiens
Nouvelle étude sur l'impact de l'alimentation sur le comportement des enfants
Par La Presse Canadienne
Les enfants à qui l'on offre des collations sucrées sont ensuite plus agités que ceux à qui l'on offre plutôt des fruits et légumes, ont constaté des chercheurs norvégiens qui se sont intéressés pour une des premières fois à cette association chez les enfants de quatre ans.
Cela correspond aux résultats obtenus par d'autres études menées chez des enfants plus vieux ou des adolescents, rappellent les auteurs de l'étude.
«Les résultats sont concordants, ils s'alignent avec la littérature plus large qui montre que des habitudes alimentaires saines sont corrélées avec un meilleur comportement, un meilleur développement, et que des habitudes alimentaires malsaines sont corrélées à davantage à des problèmes de comportement», a commenté la docteure Stacey Bélanger, une pédiatre du développement au CHU Sainte-Justine.
L'étude a porté sur 363 enfants de quatre ans dont les parents ont rapporté à quelle fréquence ils consommaient des fruits, des légumes et des collations comme des bonbons, des croustilles et des biscuits.
Le bien-être émotionnel des enfants a ensuite été évalué à l'aide d'une échelle couvrant deux domaines: les problèmes d'intériorisation (anxiété, tristesse ou repli sur soi) et les problèmes d'extériorisation (crises de colère, agressivité ou hyperactivité).
Les chercheurs ont tenu compte de facteurs comme l'éducation de la mère, sa propre santé émotionnelle et même la situation financière du ménage pour tenter d'isoler l'impact de l'alimentation sur le comportement de l'enfant.
Conclusion, rapportent les auteurs: «On a observé une association inverse entre la fréquence de consommation de fruits et légumes chez les enfants et les comportements d'intériorisation et d'extériorisation, tandis que la fréquence de consommation de collations sucrées-salées était associée de manière positive aux comportements d'extériorisation».
Concrètement, la consommation de fruits et légumes se traduisait par moins d'anxiété, moins de dépression et moins de crises, tandis que la consommation de collations sucrées ou salées se traduisait par davantage de problèmes de comportement. L'association était particulièrement prononcée chez les garçons.
Les fruits et légumes contiennent des composés susceptibles de protéger contre les symptômes dépressifs en réduisant le stress oxydatif, tels que les vitamines C et E, le bêta-carotène et l'acide folique, rappellent les auteurs, qui soulignent aussi que «les cellules neuronales du cerveau sont sensibles au stress oxydatif, qui peut causer des lésions neuronales et favoriser l'apparition de la dépression».
De plus, les légumes sont généralement consommés lors de repas pris en commun, comme le souper, qui «peuvent constituer des environnements positifs propices aux interactions entre parents et enfants, ce qui peut également favoriser la santé mentale», indiquent-ils.
Il s'agissait toutefois d'une étude transversale qui a capturé la situation à un moment donné dans le temps. Elle n'est donc pas en mesure de démontrer un lien de causalité. Par exemple, disent les auteurs, peut-être que manger plus de fruits améliore l'humeur, mais peut-être aussi que les enfants plus heureux s'alimentent tout simplement mieux.
«Les enfants présentant des symptômes de dépression et des troubles émotionnels peuvent se montrer plus réticents à manger certains aliments ou faire preuve d'une plus grande néophobie vis-à-vis des légumes ou des fruits que ceux qui ne souffrent pas de ces problèmes», précisent les chercheurs.
Le fait que les informations aient été fournies par les parents ouvre aussi la porte à certaines dérives possibles, tout comme le fait qu'on leur avait seulement demandé à quelle fréquence leur enfant consommait ces aliments, sans demander de détails concernant la quantité.
«On sait que les fruits et légumes sont devenus de plus en plus chers, tandis que les sucreries, les sodas et d'autres aliments transformés restent largement disponibles et accessibles, a fait remarquer Vanessa Smrk, qui est nutritionniste à l'Hôpital de Montréal pour enfants. Je trouve ça intéressant parce que ça a un impact sur les choix de collations et les repas pour les enfants.»
En attendant qu'on dispose de plus d'informations, concluent les auteurs, les parents n'ont strictement rien à perdre à mettre des fruits et légumes dans la boîte à lunch de leur enfant. Non seulement cela pourrait-il avoir un impact bénéfique sur leur santé mentale, mais plusieurs études ont aussi démontré que les habitudes alimentaires acquises à un très jeune âge ont ensuite tendance à perdurer pendant la vie.
Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal Nutrients.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne
