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Hockey

LNH: selon une étude, les durs à cuire meurent 10 ans plus tôt que leurs coéquipiers

durée 18h00
10 mai 2023
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne

Si la Ligue nationale de hockey persiste à tolérer les bagarres sur la glace, elle peut s’attendre à voir ses durs à cuire mourir dix ans plus jeunes que leurs coéquipiers.

C’est l’inquiétante conclusion à laquelle en viennent des chercheurs de l’université Columbia, à New York, après avoir analysé les données touchant plus de 6000 joueurs ayant évolué dans la LNH entre l’automne 1969 et le printemps 2022.

L’étude, publiée mercredi dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), conclut que les durs à cuire meurent en moyenne dix ans plus jeunes que des coéquipiers comparables ayant été repêchés au même rang, ayant la même taille, le même poids et jouant à la même position qu’eux.

De plus, ces joueurs ayant réussi à se tailler une place au plus haut niveau en raison de leur robustesse, meurent plus fréquemment de suicide, de surdoses de drogue et de maladie neurodégénérative.

«C'est quoi l'entêtement?»

Pour le professeur Dave Ellemberg de l’Université de Montréal, spécialiste en médecine sportive et expert en commotions cérébrales, cette étude vient secouer les colonnes du temple des tenants du maintien des bagarres au hockey. «Est-ce que cette étude sera la goutte qui fait déborder le vase? Je le souhaite, mais bien avant cette étude, on avait les données qui militaient clairement en faveur d'abolir les combats. Je ne sais pas c'est quoi l'entêtement, à vrai dire, avec tout ce qu'on connaît déjà, mais cette étude-là, si quelqu'un avait encore un doute, j'espère que ça va mettre fin à un certain déni qu'on peut encore voir.» 

En entrevue avec La Presse Canadienne, l’expert souligne qu’en raison de son ampleur jamais vue, cette étude permet de tirer des conclusions sur l’état du cerveau de ces athlètes, conclusions qui n’étaient accessibles qu’avec une autopsie jusqu’ici. «Ce que cette étude vient nous confirmer, c'est qu’à très grande échelle, on voit qu’il y a des athlètes qui présentent les caractéristiques de l’encéphalopathie traumatique chronique sans que l’on ait eu à faire les autopsies.» 

Suicides et overdoses

«Ce sont des athlètes qui sont décédés prématurément. Un pourcentage par suicide avec des changements dans les comportements, tout ce qui s'apparente à l'encéphalopathie traumatique chronique», explique-t-il, rappelant que «jusqu'à présent, les gens ont un peu balayé ça du revers de la main en disant que c'est quelque chose d'assez rarissime».

«Mais là, il y a la force de la masse, la force du groupe qui vient vraiment soutenir cette hypothèse-là. Quand on parle d'overdose de drogue, ce sont des comportements qui sont associés aux athlètes chez qui on a trouvé de l'encéphalopathie traumatique chronique.»

Combats et pénalités excessives

Pour résumer et simplifier la méthodologie, les chercheurs ont créé un groupe de durs à cuire ayant participé à 50 combats ou plus en carrière (les combattants) qu’ils ont comparé à des joueurs similaires ayant un passé de robustesse «normal», considérant que le hockey est un sport de contact. Ils ont ensuite créé un deuxième groupe de joueurs ayant enregistré une moyenne de trois minutes de punition par partie sur la durée de leur carrière (les punis), eux aussi comparés à des joueurs similaires n’ayant pas un tel ratio.

Les nombres de combats et de minutes de pénalité anormalement élevés ont ainsi servi de barème pour évaluer l’exposition aux traumatismes crâniens. Les différences entre le groupe de bagarreurs et leurs vis-à-vis de contrôle et celui des joueurs punis à l’excès et leurs comparatifs ont été quasiment identiques dans les deux groupes.

Dave Ellemberg explique que, comme l’ont démontré d’autres études à plus petite échelle et comme l’a exposé le film «Concussion» («Seul contre tous») qui raconte l’histoire vraie d’un médecin qui a découvert l’existence de l’encéphalopathie traumatique chronique causée par des coups répétés à la tête chez des joueurs de football de la NFL, le syndrome est fréquent chez «des athlètes dans la vingtaine, dans la trentaine, dans la quarantaine, des durs à cuire, qui ont eu beaucoup d'impact à la tête, des impacts à répétition».

«Ce qu'on voit, ce sont des dépôts de protéines dans leur cerveau qui sont des marqueurs de dommage cérébral qu'on associe généralement à des maladies comme l’Alzheimer. Ce sont des gens qui, dans leurs dernières années de vie, ont des comportements irrationnels, erratiques, avec de l’agressivité, de la colère, la mèche courte, une tendance suicidaire. Souvent, justement, ils s'enlèvent la vie.»

Tous meurent anormalement jeunes

L’étude soulève par ailleurs une interrogation majeure à laquelle les chercheurs n’apportent aucune réponse: si les combattants et ceux punis à l’excès meurent 10 ans plus jeunes en moyenne que leurs coéquipiers, ceux-ci meurent aussi étonnamment jeunes.

Ainsi, les combattants meurent en moyenne à l’âge de 47,5 ans, comparativement à 57,7 ans pour leurs pairs et les punis meurent en moyenne à l’âge de 45,2 ans, contre 55,2 ans pour leurs comparatifs. Dave Ellemberg avoue avoir été secoué de voir que les athlètes des groupes de contrôle meurent en moyenne dans la mi-cinquantaine. «C’est jeune en tabarouette! Ça nous fait peur, la mi-cinquantaine. C’est extrêmement jeune comme âge.»

Il estime qu’il y a là un sujet de recherche en soi, parce que voir des athlètes professionnels mourir à cet âge, «c'est vraiment quelque chose d' inusité».

Quant aux effets à long terme des commotions cérébrales, l’expert tient à terminer l’entrevue sur une note rassurante. «Il est peu probable que quelqu'un développe une encéphalopathie traumatique chronique après deux ou trois commotions. On n'est pas là pour faire peur au monde. C’est un peu comme le supplice de la goutte: coup après coup après coup, il y a un effet cumulatif de ces chocs qui vient accentuer les conséquences des commotions cérébrales.»

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne

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