Ottawa: une piste pour atténuer les symptômes de l'autisme
MONTRÉAL — Il pourrait être possible d'atténuer certains symptômes comportementaux associés au trouble du spectre de l'autisme en rétablissant le bon fonctionnement de cellules qui permettent au sang de parvenir rapidement dans les zones actives du cerveau, portent à croire des travaux réalisés à Ottawa.
Les chercheurs ont en effet découvert, lors d'expériences chez des souris, que ces cellules, les cellules endothéliales, étaient dépourvues à leur surface d'un récepteur, ce qui les prive de l'énergie dont elles ont besoin pour bien fonctionner.
L'utilisation d'un médicament déjà approuvé pour traiter le syndrome de l'œil sec a permis de rétablir la fonction cellulaire, d'augmenter la circulation sanguine au cerveau et d'atténuer les symptômes comportementaux chez les souris adultes.
«C'est la première fois que quelqu'un publie une étude montrant qu'en ciblant les vaisseaux sanguins et non les neurones, on est capable d'améliorer des comportements chez l'animal», a dit l’auteur de l'étude, le professeur Baptiste Lacoste, qui est scientifique principal à l’Hôpital d’Ottawa et professeur à l’Université d’Ottawa.
L’équipe du professeur Lacoste avait précédemment découvert que les vaisseaux sanguins du cerveau ne fonctionnent pas correctement dans les modèles murins ayant une délétion 16p11.2, l’une des mutations génétiques les plus courantes chez les personnes autistes, a-t-on expliqué par voie de communiqué. Cette équipe était la première à étudier de plus près ce phénomène dans les vaisseaux sanguins cérébraux.
Les chercheurs ont constaté que, chez les souris, les cellules endothéliales ne réagissent pas assez rapidement. Ce phénomène survient au début du développement cérébral et entraîne des symptômes comportementaux plus tard dans la vie, notamment de l’hyperactivité, des mouvements répétitifs et des difficultés d’apprentissage moteur.
Les cellules endothéliales, a expliqué le professeur Lacoste, contribuent au développement initial des neurones, et une fois que tout est bien installé, elles «apportent l'oxygène et le glucose et les autres nutriments essentiels à la fonction cérébrale».
La nouvelle étude, qui a été pilotée par l’ancienne doctorante Julie Ouellette, a découvert que ces cellules sont dépourvues du récepteur P2Y2 auquel se lie normalement une molécule d’énergie appelée ATP.
«L'ATP est diminuée de moitié dans ces cellules, a dit le professeur Lacoste. Et ça, rétrospectivement, ça explique plein de choses et on comprend mieux pourquoi le système fonctionne moins bien.»
Les chercheurs ont toutefois réussi à réactiver le récepteur en utilisant un médicament dont l’administration est actuellement autorisée chez l’humain au Japon et en Corée du Sud pour traiter le syndrome de l’œil sec.
Cette molécule pourrait permettre de «réveiller» les vaisseaux endormis par le manque d'ATP, a expliqué Baptiste Lacoste.
«Même si tu pousses (les vaisseaux), tu leur dis allez, réveillez-vous, faites-moi quelque chose, délivrez du sang un peu plus ou sécrétez ces facteurs de croissance dont on a besoin pendant le développement, ils disent, moi je suis trop fatigué, je n'ai pas envie de le faire, à moins qu'on les pousse, et on a trouvé le moyen de les pousser», a-t-il illustré.
L'étude a porté sur des souris adultes. L'activation du récepteur P2Y2 pourrait renverser des symptômes comportementaux déjà bien établis. Les chercheurs veulent maintenant savoir si une intervention plus précoce se traduirait par des avantages supplémentaires. Ils veulent aussi vérifier si un seul traitement suffit.
Si une application clinique n'est évidemment pas pour demain, cette découverte pourrait permettre, un jour, de s'attaquer aux causes de l'autisme et non seulement à ses manifestations, a conclu le professeur Lacoste.
«Ça ouvre les portes vers une autre façon de penser l'autisme, a-t-il dit. C'est très prometteur.»
Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal Neuron.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

