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Retour sur les demandes de Mark Carney pour la reconnaissance d'un État palestinien

Retour sur les demandes de Mark Carney pour la reconnaissance d'un État palestinien
Photo: La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — En septembre 2025, le premier ministre Mark Carney a déclaré que le Canada reconnaissait officiellement l'État de Palestine.

Il avait alors indiqué aux journalistes que cette reconnaissance reposait sur l'engagement de l'Autorité palestinienne «à mener des réformes essentielles». Il avait précisé avoir reçu cet engagement dans une lettre du président palestinien Mahmoud Abbas et en avoir discuté avec lui par la suite lors d'un entretien téléphonique.

Le Conseil privé du Canada refuse de publier cette lettre, invoquant le respect des relations diplomatiques internationales.

M. Carney a présenté ces réformes, ainsi que l’engagement de l’Autorité palestinienne à les mettre en œuvre, comme les raisons pour lesquelles son gouvernement avait décidé de procéder à la reconnaissance de l’État palestinien. Tant les partisans que les opposants de cette décision l’ont interprétée comme une imposition par Ottawa de conditions à cette reconnaissance.

Voici un aperçu des réformes réclamées par M. Carney et de leur état d’avancement aujourd’hui.

1) Gouvernance

M. Carney a déclaré que l’Autorité palestinienne s'était engagée à «réformer en profondeur sa gouvernance». Il a ajouté que le Canada avait clairement indiqué que le Hamas ne pourrait jouer aucun rôle dans le futur État.

Feda Abdelhady, l’ambassadrice palestinienne à Ottawa, a affirmé lors d’une entrevue en août que des réformes étaient en cours et visaient à renforcer la démocratie pour les Palestiniens. Elle a souligné que les progrès ne pouvaient aller très loin tant que les Palestiniens restaient confrontés à une violence constante.

«Nous pourrions faire un travail extraordinaire en mettant en œuvre des réformes concernant les manuels scolaires, les programmes d’enseignement et tout le reste, mais l’occupation persiste», a-t-elle déclaré, soulignant que des Gazaouis devaient lutter quotidiennement pour survivre sans accès fiable à la nourriture, au logement et à l’eau.

Sa délégation a transmis à La Presse Canadienne un rapport publié en juillet par le ministère palestinien des Finances qui indique que l’Autorité palestinienne a mené à bien 30 des 33 réformes promises dans les domaines juridique et social — telles que le renforcement de l’État de droit et des lois sur l’investissement — sur une période de 18 mois.

Le rapport note également qu’il sera impossible pour l’Autorité palestinienne de financer les services sociaux ou d’entreprendre davantage de réformes en raison des politiques économiques israéliennes, telles que la retenue des recettes fiscales perçues sur la consommation et les importations.

Depuis les attaques du Hamas en octobre 2023, Israël a annulé des milliers de permis de travail pour les travailleurs palestiniens, bloqué les routes utilisées pour exporter des marchandises et plafonné les transferts financiers.

2) Élections

M. Carney a affirmé que l’Autorité palestinienne s’était engagée à «tenir des élections générales en 2026 dans lesquelles le Hamas ne pourra jouer aucun rôle».

Les Palestiniens ont voté pour la dernière fois en 2006, laissant le Fatah de M. Abbas aux commandes de certaines parties de la Cisjordanie. Le Hamas a pris le contrôle de Gaza lors d’une brève guerre civile en 2007.

L’automne dernier, l’Autorité palestinienne a rapporté qu’elle ne pourrait organiser d’élections qu’un an après la fin totale de la guerre à Gaza — et uniquement lorsque les électeurs pourront voter en Cisjordanie et à Jérusalem-Est sans qu'Israël arrête des candidats politiques.

L’Autorité palestinienne a organisé une élection dans la ville de Deir al-Balah, à Gaza, en avril.

3) Démilitarisation

M. Carney a indiqué que l’Autorité palestinienne s’était engagée à «démilitariser l’État palestinien».

De hauts responsables canadiens, s'adressant aux médias en septembre 2025 au sujet de la reconnaissance du statut d'État, ont déclaré que cette démarche devait notamment passer par la suppression des versements effectués par l'Autorité palestinienne aux familles des personnes emprisonnées pour avoir tué des Israéliens.

Ils ont ajouté que cela devait également inclure une réforme de l’éducation afin de garantir que les élèves palestiniens ne reçoivent pas d’enseignement antisémite.

En février 2025, M. Abbas s’est engagé à mettre fin à la pratique consistant à verser des allocations aux familles de Palestiniens détenus ou tués dans des prisons israéliennes, en particulier ceux accusés d’attaques violentes.

Cela s’est traduit par le regroupement des prestations sociales au sein d’un système unique — appelé Tamkeen — fondé sur les besoins des familles, au lieu d’utiliser des critères donnant la priorité aux détenus.

Israël qualifie l’ancienne politique de «payer pour tuer» et insiste sur le fait qu’elle est toujours en vigueur. L’Autorité palestinienne affirme qu’un audit indépendant, dont la publication est prévue au courant de l’année, a révélé que cette politique avait été en grande partie supprimée.

Cette réforme a suscité la polémique en Cisjordanie, où certains estiment que l’Autorité palestinienne abandonne des combattants de la liberté.

L’Autorité palestinienne avait précédemment soutenu que la démilitarisation nécessiterait certaines garanties de sécurité contre les incursions israéliennes, telles que la présence de forces de maintien de la paix étrangères.

4) Manuels scolaires

Une analyse réalisée par la société israélienne Impact-SE sur les manuels scolaires et les guides pédagogiques publiés en septembre dernier à l’intention des écoles gérées par l’Autorité palestinienne a révélé que ces textes glorifiaient la violence.

Le rapport de novembre 2025 de cette société cite des exemples tirés des manuels scolaires — comme un passage présentant le meurtre d’athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich en 1972 comme une résistance légitime, et un autre montrant la photo du corps d’un bébé de quatre mois tué par des éclats d’obus israéliens lors de l’Intifada de 2001.

«L’Holocauste juif est totalement absent du programme scolaire de l’Autorité palestinienne», a constaté ce groupe de réflexion.

Les manuels scolaires israéliens ont eux aussi fait l’objet de critiques. Une étude de l’Université hébraïque réalisée en 2012 a révélé que ces manuels encourageaient le racisme en excluant toute représentation des Arabes comme un peuple pacifique et non violent. Les deux parties ont publié des cartes qui ignorent l’existence de l’autre camp.

Critique d'Israël

Le gouvernement israélien a vivement critiqué la reconnaissance de la Palestine par le Canada. L’ambassadeur d’Israël au Canada, Iddo Moed, a déclaré que l’Autorité palestinienne était corrompue et qu’elle ne souhaitait pas réellement vivre en paix aux côtés d’Israël.

«Nous y voyons un recul», a indiqué M. Moed, soulignant l’absence de dates concrètes pour les élections.

«Les Palestiniens ne respectent vraiment pas leurs engagements. Il n’y a absolument aucune raison de dire qu’Israël est impliqué d’une manière ou d’une autre. Ils ont toutes les capacités nécessaires. En réalité, ils bénéficient de tout le soutien de la communauté internationale pour mener à bien ces réformes.»

L’importance de cette question

Jeremy Wildeman, chercheur en droits de la personne à l’Université d’Ottawa spécialisé dans les politiques canadiennes concernant les territoires palestiniens, a noté que la reconnaissance de l’État palestinien semble reposer sur des critères constamment modifiés.

Il a fait valoir que les responsables politiques canadiens devraient se concentrer sur le pouvoir disproportionné d’Israël sur les Palestiniens — et sur le niveau de violence historiquement élevé que l’armée israélienne autorise les colons à exercer — plutôt que sur les réformes de l’Autorité palestinienne.

«Si l’on se soucie vraiment de la question, la première chose à faire est de contribuer à stabiliser la situation afin que le gouvernement palestinien puisse gouverner», a affirmé M. Wildeman.

Heidi Matthews, professeure à la faculté de droit Osgoode de l’Université York, a estimé que l’accent mis par le Canada sur les réformes pouvait être interprété comme une tentative de créer sur le terrain des faits accomplis favorisant l’autonomie palestinienne. L’annonce de M. Carney prévoyait notamment un financement destiné à la mise en œuvre de ces réformes.

«On pourrait y voir non pas une exigence ou une condition, mais une reconnaissance concrète du fait que la capacité à fonctionner en tant qu’État — un critère de reconnaissance — nécessite en réalité un soutien significatif de la part d’États tiers», a-t-elle déclaré.

«Ce soutien peut prendre la forme d'un renforcement actif des institutions gouvernementales afin que l'État de Palestine puisse exercer pleinement et efficacement les fonctions d'un gouvernement.»

Mme Matthews a indiqué que cela marquerait un tournant par rapport à des décennies passées à «se contenter de rafistoler avec de l’aide humanitaire» et s’orienterait vers la fin de l’occupation israélienne.

Elle a ajouté que le Canada avait l’obligation d’opérer ce changement en vertu d’un avis consultatif rendu en juillet 2024 par la Cour internationale de justice.

La décision appelait les États «à mettre en œuvre les mesures nécessaires pour garantir la fin de la présence illégale d'Israël dans les territoires palestiniens occupés et la pleine réalisation du droit du peuple palestinien à l'autodétermination».

Dylan Robertson, La Presse Canadienne