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Un laboratoire montréalais prépare le Canada à faire face aux futures pandémies

Un laboratoire montréalais prépare le Canada à faire face aux futures pandémies
Photo: La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Dans un laboratoire de biomédecine de Polytechnique Montréal, des protéines animales se développent dans une solution orange bouillonnante, tandis que des chercheurs en blouse blanche prélèvent des échantillons à l'aide de grosses seringues.

Des flacons en verre soigneusement étiquetés et remplis d’un liquide transparent sont alignés sur les étagères à côté des écrans d’ordinateur, où les scientifiques examinent les anticorps produits par les cellules.

Dans une pièce au bout du couloir, un grand congélateur cryogénique est rempli de tubes contenant des échantillons de protéines et de cellules pouvant servir à développer des vaccins et des médicaments.

Six ans après que la propagation de la COVID-19 a pris le monde par surprise, le laboratoire de Polytechnique est à la pointe des efforts visant à préparer le Canada à faire face à de futures pandémies.

Il s’inscrit dans le cadre d’une initiative fédérale baptisée «Ramp Up», qui collabore avec des instituts de recherche à travers le Canada pour combler les lacunes du secteur de la biofabrication.

Une préparation essentielle

Bien qu’il soit impossible de prédire le moment et la nature de la prochaine pandémie, le chercheur principal Gregory De Crescenzo affirme que la préparation est essentielle.

La question n’est pas de savoir si cela arrivera, mais quand, a-t-il rappelé lors d’une visite du laboratoire, qui s’étend sur plusieurs salles au sein de l’école d’ingénieurs située au centre-ville de Montréal.

Face à la prolifération des fausses informations sur les vaccins pendant la pandémie, M. De Crescenzo espère qu’en ouvrant les portes de son laboratoire au public, il contribuera à rétablir la confiance de la population dans la médecine.

Il a expliqué que «Ramp Up» vise à accélérer les processus liés aux vaccins et à la biomédecine, ainsi qu’à former les étudiants. Bien que les scientifiques travaillent principalement sur des virus tels que la grippe et la grippe aviaire, M. De Crescenzo a précisé que ces recherches peuvent s’appliquer à un large éventail de maladies.

Le scientifique ajoute qu’une partie de la mission de «Ramp Up» consiste à éviter de répéter les erreurs commises par le Canada pendant la pandémie de COVID-19, lorsque les gouvernements, les universitaires et les acteurs du secteur privé travaillaient en silos. La capacité de production biomédicale du Canada était également limitée, a-t-il précisé.

La chaîne d’approvisionnement est l’un des principaux défis identifiés par «Ramp Up», le Canada n’étant pas en mesure de produire des vaccins à grande échelle et les importations étant limitées.

Les étudiants et les chercheurs travaillent avec le même équipement que celui que l’on trouve dans les laboratoires commerciaux, explique M. De Crescenzo, notamment des tubes pour la culture cellulaire et des congélateurs industriels où les échantillons et les bactéries sont conservés à long terme.

Des laboratoires partenaires aident à identifier les composants clés, tels que les anticorps ou les protéines virales, que l’équipe de Polytechnique produit ensuite et s’efforce d’adapter à la production industrielle.

M. De Crescenzo compare le rôle du laboratoire à celui de la création de recettes: tout y est normalisé, consigné par écrit, soigneusement vérifié, approuvé, puis transmis aux industries.

Il soutient que nous sommes bien mieux préparés qu’avant la COVID. D'après lui, le gouvernement a fait un excellent travail pour combler les lacunes.

Il précise toutefois qu’il reste encore du travail à accomplir pour garantir que les procédés développés au laboratoire puissent être transposés à l’échelle industrielle. Il ajoute que les acteurs du gouvernement, du monde universitaire et de l’industrie apprennent à travailler ensemble.

M. De Crescenzo prévient que, pour mettre en place un système plus efficace et plus résilient, il faudra encore quelques années, car il faut notamment s'assurer que tout le monde soit sur la même longueur d’onde.

Isaac Bogoch, spécialiste des maladies infectieuses à l’Université de Toronto, estime qu’une approche coordonnée et multisectorielle de la préparation aux pandémies est cruciale.

Il s’agit d’une réponse impliquant l’ensemble du gouvernement et de la société, selon lui. Aucun laboratoire ne pourra y parvenir à lui seul.

Bien qu’Isaac Bogoch juge encourageants les investissements du gouvernement dans le domaine biomédical, il souligne que des secteurs tels que les transports, la sécurité alimentaire et les infrastructures de santé publique doivent également être améliorés.

Il a cité la réponse du Canada à l’épidémie d’hantavirus survenue en mai à bord d’un bateau de croisière – au cours de laquelle quatre Canadiens ont dû être rapatriés et placés en quarantaine préventive – comme exemple de collaboration intersectorielle.

Il a souligné que nous disposons des outils nécessaires pour nous préparer, mais que la question est politique, et non scientifique.

Lancé en 2024, «Ramp Up» collabore avec plusieurs institutions, notamment l’Université Laval, l’Université de Montréal, HEC Montréal, l’Université Simon Fraser et le consortium de recherche BRIDGE. Son objectif est de combler les lacunes du secteur canadien de la biofabrication.

Selon le site web de «Ramp Up», le Canada aura besoin de plus de 15 000 travailleurs hautement qualifiés dans ce domaine d’ici 2029.

Des investissements pour faire face aux pandémies

Santé Canada a affirmé avoir réalisé d’importants investissements pour renforcer les capacités de réponse du pays face à la pandémie.

L’agence fédérale indique que 712 millions $ ont été consacrés à la modernisation des installations de confinement biologique à travers le Canada, ainsi qu’à la création de pôles de recherche dirigés par des établissements tels que l’Université de la Colombie-Britannique, l’Université de l’Alberta, l’Université d’Ottawa, l’Université McMaster, l’Université de Toronto et Polytechnique Montréal.

Depuis 2020, le gouvernement a investi 2,5 milliards $ dans des projets liés aux vaccins, aux traitements et à la biofabrication, y compris la résilience de la chaîne d'approvisionnement. L'usine de production de vaccins de Moderna à Laval, construite en 2024, a produit ses premières doses de vaccin contre la COVID-19 l'année dernière.

L’agence fédérale affirme que ces avancées permettront aux Canadiens d’avoir accès en temps opportun à des médicaments vitaux lors de futures urgences de santé publique.

Cela inclut, comme le précise Mark Johnson, porte-parole de Santé Canada, dans un courriel, la préparation aux épidémies et aux pandémies, qui sont inévitables même si leur survenue est imprévisible.

L’agence de santé ajoute qu’elle prévoit de publier en 2027 les détails d’un nouveau plan d’intervention d’urgence qui permettra une meilleure coordination entre les différents niveaux de gouvernement, ainsi qu’avec les partenaires internationaux et les communautés autochtones.

Marie-Gael Tchummo, étudiante en maîtrise, explique que son travail au sein de «Ramp Up» l’a aidée à lutter contre la réticence à la vaccination chez son entourage.

Elle raconte que certains membres de sa famille et certains de ses amis étaient sceptiques quant à la rapidité avec laquelle les vaccins contre la COVID-19 ont été mis à disposition et hésitaient à se faire vacciner.

Mais leur scepticisme s’est atténué lorsqu'elle a pris le temps de leur expliquer en quoi consistait son étude et ce qui se passait.

À l’instar de M. De Crescenzo, Marie-Gael Tchummo estime que la confiance du public est essentielle au succès d’initiatives telles que «Ramp Up».

Elle rappelle qu'avec le public, il faut faire preuve de transparence et il faut qu’il comprenne ce qui se passe, ce que contiennent ces vaccins, comment se déroule le processus et comment ces vaccins sont élaborés.

Erika Morris, La Presse Canadienne