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Départs à la retraite

Le Canada aurait besoin de 200 contrôleurs aériens de plus, selon Nav Canada

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25 mars 2026
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Par La Presse Canadienne

Nav Canada a indiqué mercredi que le Canada aurait besoin de 200 contrôleurs aériens de plus et travaille à renforcer ses capacités.

Cet organisme privé sans but lucratif est responsable de la formation et de l'emploi de ces spécialistes qui jouent un rôle essentiel dans la sécurité du transport aérien canadien.

Le rôle des contrôleurs aériens aux États-Unis a été mis en lumière lors des discussions qui ont suivi la collision d'un avion d'Air Canada avec un véhicule d'urgence sur une piste de l'aéroport LaGuardia à New York, dimanche.

Le Bureau national de la sécurité des transports (NTSB) des États-Unis a averti qu'il est encore impossible de tirer des conclusions quant aux causes de l'accident.

John Gradek, chargé de cours au programme de gestion de l'aviation de l'Université McGill, a indiqué mardi qu'il estimait que le Canada aurait besoin d'environ 1500 contrôleurs aériens de plus.

Nav Canada a refusé à plusieurs reprises de répondre aux demandes d'entrevue, mais a fait un suivi après la publication, mercredi, d'un article de La Presse Canadienne citant l'estimation de M. Gradek.

Un porte-parole de Nav Canada a d'abord contesté ce chiffre sans divulguer les données de l'organisme sur la pénurie, affirmant qu'il ne publie pas ses taux de postes vacants. Il a finalement accepté de divulguer l'information.

«Nav Canada estime actuellement à environ 200 le nombre de contrôleurs aériens manquants par rapport à ses objectifs de dotation», a écrit le porte-parole Gabriel Bourget, dans un courriel.

«La Fédération internationale des contrôleurs aériens (IFATCA) estime que les États-Unis, qui gèrent un trafic aérien environ 10 fois supérieur à celui du Canada, manquent de 3000 à 4000 contrôleurs. Un manque de 1500 contrôleurs au Canada impliquerait un déficit de main-d’œuvre proportionnellement plus important qu’aux États-Unis, ce qui ne correspond absolument pas à la réalité

Interrogé par La Presse Canadienne mercredi après-midi, M. Gradek a dit que son chiffre de 1500 était peut-être obsolète et que le chiffre publié par Nav Canada était une nouveauté pour lui.

Lors de son entrevue de mardi, M. Gradek a expliqué que les contrôleurs aériens sont hautement spécialisés et possèdent des compétences particulières.

«Nous maîtrisons trois dimensions. La difficulté pour les contrôleurs, c'est qu'ils ont besoin d'une quatrième dimension: le temps», a-t-il dit.

«Je décide donc de déplacer un avion de 300 mètres vers le haut ou vers le bas, ou de le faire virer à gauche ou à droite. Je prends cette décision, car je veux que cet avion se trouve à cet endroit précis, à ce moment précis et à l'avenir, a-t-il affirmé. C'est donc une compétence particulière. Tout le monde n'a pas cette chance.»

M. Bourget a précisé que Nav Canada travaille à remédier aux problèmes de dotation en personnel des contrôleurs aériens grâce à une stratégie pluriannuelle.

«Les Canadiens et les voyageurs peuvent être rassurés: nous sommes à la recherche de solutions. Nous nous concentrons sur le renforcement de la résilience du service, le soutien de notre personnel et la collaboration constructive avec nos partenaires de l'industrie, tout en maintenant les normes de sécurité les plus élevées auxquelles ils sont légitimement en droit de s'attendre», a souligné M. Bourget.

M. Bourget a précisé que depuis 2023, l'organisme a délivré des permis à plus de 600 professionnels du contrôle aérien, dont plus de 300 contrôleurs. En 2025, l'agence a reçu 49 000 candidatures et a embauché près de 500 étudiants, a-t-il rapporté.

M. Gradek a déclaré à La Presse Canadienne que la formation des nouveaux contrôleurs par Nav Canada ne suivait pas le rythme des départs à la retraite.

M. Bourget a contesté cette affirmation, disant que la croissance des effectifs opérationnels chez Nav Canada dépassait l'attrition de 26 % et que ce taux devrait augmenter.

«Professionnels du contrôle aérien», plusieurs rôles différents

Le terme «contrôleur aérien» désigne les contrôleurs des centres de contrôle régionaux (ACC), qui donnent des instructions aux pilotes et veillent à ce que les aéronefs maintiennent une distance de sécurité en vol.

Il inclut également les contrôleurs de tour, qui fournissent aux pilotes les autorisations et les instructions nécessaires au maintien de la séparation au décollage et à l'atterrissage.

La durée totale de la formation varie de 10 à 18 mois pour les contrôleurs de tour et de 20 à 27 mois pour les contrôleurs ACC.

Ceux qui ne sont pas retenus peuvent occuper des postes de «spécialistes des services de vol», qui peuvent parfois gérer le trafic au sol dans les petits aéroports, mais ne sont pas chargés de donner des instructions aux avions en vol.

«Environ 10 % seulement des contrôleurs qui suivent la formation deviennent des contrôleurs pleinement opérationnels», a déclaré M. Gradek, ajoutant que le taux américain est d'environ 3 %.


«Seul un petit nombre de personnes parviennent à intégrer le programme, à terminer la formation théorique et à passer ensuite deux ans à mettre en pratique leurs compétences et à démontrer leur capacité à exercer leurs fonctions dans un environnement complexe, avant d'obtenir leur diplôme», a-t-il renchéri

Et bien que M. Gradek ait affirmé que la formation et les systèmes de navigation aérienne du Canada sont «sans égal» au monde, certains diplômés acceptent des emplois à l'étranger.

Nav Canada n'a pas précisé combien des 300 contrôleurs aériens qu'elle a formés depuis 2023 ont trouvé un emploi au Canada, se contentant d'indiquer qu'il s'agissait d'une «grande majorité».

«L'Australie recrute massivement des contrôleurs, la Nouvelle-Zélande aussi, les États-Unis et le Royaume-Uni également, a soulevé M. Gradek. Ce n'est donc pas un emploi réservé aux Canadiens.»

Selon Nav Canada, le salaire d'un contrôleur aérien canadien peut dépasser 200 000 $ par année une fois sa certification obtenue, tandis que les contrôleurs en formation gagnent environ 60 000 $. Le salaire médian des contrôleurs américains en 2024 était de 144 580 $ US, selon le Bureau des statistiques du travail des États-Unis.

«L'équipement utilisé au Canada est à la fine pointe de la technologie, voire de l'innovation. Il y a donc de nombreuses incitations à rester», a ajouté M. Gradek.

«Mais nous ne les empêchons pas de travailler. Ce sont des Canadiens et ils sont libres de partir, a-t-il dit. C’est donc un risque que nous prenons aussi

Le syndicat représentant les contrôleurs aériens a refusé de commenter la pénurie de contrôleurs aériens au Canada, évoquant la collision, dimanche, du vol 8646 d’Air Canada qui a coûté la vie à deux pilotes.

«Afin de préserver l’intégrité de l’enquête, il serait inapproprié de spéculer sur les causes de l’accident avant que tous les faits pertinents et les facteurs contributifs n’aient été établis», a déclaré le syndicat dans un communiqué.

«La sécurité demeure le fondement de l’aviation, et cela implique de permettre aux enquêteurs de mener leur travail de manière approfondie, indépendante et objective

Pistes de solutions à la pénurie

Le ministre canadien des Transports, Steven MacKinnon, a déclaré lundi collaborer avec Nav Canada afin de trouver des solutions à la pénurie de contrôleurs aériens.

«J’ai demandé à Nav Canada de poursuivre ses efforts pour trouver des solutions de recrutement afin de réduire notre dépendance excessive à un nombre de contrôleurs aériens inférieur à nos besoins», a répondu M. MacKinnon aux journalistes, avant que Nav Canada ne confirme publiquement le manque de 200 contrôleurs aériens.

Quant aux Canadiens qui suivent une formation rigoureuse pour ensuite travailler à l’étranger, M. MacKinnon a affirmé ne pas être au courant de ce problème.

«Je vais me pencher sur la question», a-t-il dit.

M. MacKinnon a insisté mardi sur la sécurité des systèmes de transport du pays, notamment dans le secteur aérien, affirmant qu’ils figurent parmi les plus rigoureux au monde.

«Je tiens à rassurer tout le monde: nous prenons toutes les précautions nécessaires pour que le Canada continue d’assurer une sécurité optimale», a-t-il déclaré aux journalistes lors de son arrivée à une réunion du Cabinet à Ottawa.

«Les Américains ont des exigences très élevées. Nous respectons les normes en vigueur et entretenons une excellente collaboration avec les États-Unis. Je sais qu’ils seront tout aussi désireux que nous de trouver les solutions», a-t-il souligné.

Nick Murray, La Presse Canadienne

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