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4 mars 2021 - 15:00

Entrevue avec le réalisateur québécois

Profitez de la relâche pour plonger dans le nouveau film de Philippe Falardeau

Marie-Claude Pilon

Par Marie-Claude Pilon, Journaliste

Depuis cette fin de semaine, le nouveau film du cinéaste québécois Philippe Falardeau est débarqué dans les cinémas de la province après plusieurs mois d’attente. Néomédia a eu la chance de s’entretenir avec celui qui compte parmi ses réalisations une douzaine de films dont Monsieur Lazhar, Congorama et plus récemment Guibord s’en va en guerre.

À ce jour, le réalisateur s’est associé à douze longs-métrages tournés entre 1996 et 2020. Parmi eux figurent seulement deux films adaptés à partir de mémoires rédigés par une personne toujours vivante. C’est le cas de son plus récent intitulé Mon année Salinger et qui met en vedette Sigourney Weaver et quelques acteurs du Québec.

«  C’est pas moi, je le jure! était aussi basé sur la vie de quelqu’un. C’est particulier parce qu’on est confronté à une vraie personne, une vraie vie. On peut inventer des scènes pour romancer le tout, mais il faut garder en tête que celles-ci doivent être moralement approuvées par la personne qui est au coeur de l’histoire », lance-t-il d’emblée.

Est-ce plus de pression sur les épaules d’un réalisateur quand l’histoire s’inspire de la vie de quelqu’un? « Non, pas du tout. Au contraire, on a de la collaboration pour mettre en image le scénario ou si on a des questions ou interrogations », ajoute-t-il.

New York dans les années 90

Mon année Salinger version française de My Salinger Year plonge le spectateur dans la vie de Joanne Rakoff. En 1995, à New York, la jeune femme rêve de laisser sa trace dans le milieu littéraire et rêve de devenir écrivaine. À sa sortie de l’école, elle parvient à se faire embaucher comme assistance de l’agente littéraire de l’auteur très connu J.D. Salinger interprétée par Sigourney Weaver.

Est-ce que le film a réellement été tourné dans la grosse pomme? « Non, seulement quelques plans l’ont été dans le métro puisqu’on ne peut pas recréer le métro de New York (rires). Le reste à été tourné à Montréal. Les bureaux de l’agence littéraire ont été reconstitués en totalité au 7e étage d’un vieil édifice art déco. Je dirais que 90 % du film a été tourné dans la métropole », estime-t-il.

Quel a été le plus gros défi rencontré par le réalisateur pendant le tournage? L’ombre de Mme Rakoff qui planait sur le scénario? Le fait que Montréal remplace à l’écran  New York, ville qui ne dort jamais? « C’est sans contredit le fait de devoir replonger 25 ans en arrière en 1995! Ce n’est pas tant différent, mais en même temps, les cellulaires n’existaient pas et les ordinateurs non plus, du moins pas sous leur forme actuelle. L’Internet en était à ses premiers balbutiements. Par contre cette époque était vraiment cool pour ses décors figés dans le temps et ses couleurs de vêtements éclatés, L’agence littéraire où se déroule l’action est un personnage en soi parce qu’on dirait qu’elle est sortie tout droit des années 1940 (rires)! D’ailleurs quand Joanna Rakoff, qui a écrit les mémoires sur lesquelles le film est basé, est venu faire un tour sur le plateau, elle a pleuré parce qu’elle avait l’impression de revivre cette époque de sa vie. Le décor était pareil à celui dans ses souvenirs », se remémore-t-il.

Plusieurs acteurs d’ici au générique

Les cinéphiles de cinéma québécois remarqueront sans doute au générique de la production la présence de nombreux acteurs québécois: Romane Denis, Théodore Pellerin, Yanic Truesdale sans oublier Colm Feore, acteur canado-américaine qui a tenu la vedette dans Bon cop, bad cop.  Notons aussi que l’actrice américaine Sigourney Weaver, qui compte plusieurs films à son actif, parle aussi la langue de Molière.

Avec autant d’acteurs d’ici sur le plateau, Philippe Falardeau avait-il l’impression de tourner une production québécoise? «  C’est vrai que c’était le fun. Pour diriger Sigourney, on utilisait l’anglais, mais elle et l’interprète de Joanna comprenaient le français. Ce qui est plaisant avec une actrice de la trempe de Sigourney, c’est qu’elle aime être dirigée. C’est une trooper, elle est là pour rendre le film meilleur et non pas pour se mettre en valeur. Elle ne demande qu’a être dirigé. Chaque comédien a son processus, certains aiment échanger un ou deux mots avec le réalisateur, mais pas elle. »

Philippe Falardeau se rappelle encore sa première rencontre avec l’actrice américaine qui a eu lieu plusieurs mois avant de débuter le tournage. « C’était intimidant pour moi. Je l’avais vu dans des films que j’aime, mais au final, nous étions deux personnes ordinaires. Sigourney a été capable d’humaniser son personnage en l’interprétant autant avec panache (femme forte), mais aussi avec une belle vulnérabilité quand c’est nécessaire. »

Une sortie retardée

À l’origine Mon année Salinger devait débarquer sur les écrans au cours de l’année 2020. Mais une raison mondiale et hors du contrôle du réalisateur a retardé les plans. « J’avais hâte qu’il sorte, mais je ne m’apitoie par sur mon sort. Je sais que ce n’est pas contre moi, nous sommes tous dans le même bateau. En plus de pouvoir le voir sur grand écran, les personnes intéressées pourront le visionner sur demande dans le confort de leur salon. »

Pourquoi faut-il visionner Mon année Salinger? « Parce que c’est un film qui rejoint tout le monde. En plus de mettre en lumière un domaine peu connu, soit celui de la littérature, la quête de soi du personnage principal (Joanna) est une étape par laquelle tout le monde passe dans sa vie. On a tous un patron dur avec nous qui nous a fait remettre en question notre choix de carrière ou qui a influencé notre parcours. Personnellement, je n’étais pas destiné du tout à faire des films. J’ai étudié en sciences politiques. La vie m’a mené derrière une caméra », confie-t-il.

Autre aspect dans lequel Philippe Falardeau se retrouve dans ce film: le personnage de Joanna, interprété par Margaret Qualley, a pour tâche de répondre à des lettres d’admirateur acheminé au populaire auteur J. D. Salinger. « J’ai moi-même écrit à des réalisateurs que j’admirais étant jeune. Ils ont eu la gentillesse de me répondre et je suis certain que ces réponses ont teinté mon parcours professionnel. »

Le doublage, un art en soi

Est-ce que les acteurs québécois qui ont pris part au tournage se doublent eux-mêmes en version française? « Non, le doublage est un art en soi. C’est très difficile de trouver le ton et l’émotion juste en postproduction. C’est donc Ane Dorval qui double Sigourney Weaver dans la version française. Xavier Dolan prête aussi sa voix à l’un des acteurs masculins. »

Enfin, pourquoi faut-il visionner Mon année Salinger en salle? «  Parce que le rapport que l’on a avec un film n’est pas le même si on le visionner sur petit ou ur grand écran. Au cinéma, on est en immersion, on se sent proches des personnages. On ressent leurs émotions. On remarque le travail de la directrice photo et on peut se laisser submerger par nos émotions. »

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