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Décès des soeurs Carpentier

Le rapport du coroner sur la mort de Norah et Romy a été publié

durée 18h00
29 octobre 2021
durée

Temps de lecture :

5 minutes

Par La Presse Canadienne

Une coroner du Québec qui a enquêté sur la mort de deux jeunes sœurs tuées par leur père recommande l’assouplissement de critères pour déclencher les alertes Amber et la création d’une unité de police spécialisée sur les disparitions d’enfants à travers la province.

Il s’agit de quelques−unes des recommandations de la coroner Sophie Régnière découlant des meurtres l’an dernier de Romy et Norah Carpentier et du suicide de leur père, Martin Carpentier.

L’homme qui a tué ses filles avant de s’enlever la vie en juillet dernier était perturbé par un divorce imminent et était en psychose, a conclu l’enquête de la coroner sur leur décès.

Les rapports de la coroner rendus publics jeudi jettent un nouvel éclairage sur la disparition et les meurtres des jeunes sœurs aux mains de leur père.

Les filles et leur père ont disparu après que leur voiture a été impliquée dans un grave accident sur l’autoroute 20 à Saint−Apollinaire, dans la région de Chaudière−Appalaches, le 8 juillet 2020, peu avant 21 h 30.

Ce n’est que le lendemain après−midi que les autorités ont pris des mesures pour diffuser une alerte Amber, publiée en cas d’enlèvement d’enfants, et même à ce moment, elle a été retardée de 90 minutes, car la première version dépassait la limite de 300 caractères pour de tels messages. L’alerte est finalement tombée à 15 h.

Bien que la coroner ait convenu qu’une alerte Amber pour les personnes portées disparues dans une zone boisée pourrait ne pas être efficace, cela aurait pu amener des témoins à fournir des informations plus rapidement. Elle a noté que les témoins qui ont vu le trio entrer dans la forêt ne se sont manifestés qu’après l’envoi de l’alerte.

La coroner recommande à la Sûreté du Québec de dresser un bilan exhaustif de ses procédures lors de la disparition d’un enfant et de revoir sa stratégie de communication.

Elle a découvert qu’un certain nombre de facteurs ont entravé l’enquête et que, s’ils avaient été traités différemment, cela aurait pu aider à localiser les filles plus rapidement et peut−être même empêcher leur mort.

Elle indique que les actions de Martin Carpentier ont été déclenchées par un divorce imminent avec la mère des deux filles et qu’il craignait de perdre l’accès aux enfants. Romy, 6 ans, était la fille biologique de Martin Carpentier, mais Norah, 11 ans, ne l’était pas et il l’avait adoptée à sa naissance.

La coroner a écrit que Martin Carpentier était séparé d’Amélie Lemieux, la mère des filles, depuis 2015. Mais même s’il espérait se remarier, il n’avait pas finalisé le divorce par crainte de perdre l’accès aux enfants. Il était particulièrement inquiet pour Norah, car Mme Lemieux avait repris contact avec le père biologique de la fille.

«Il s’agissait pour lui d’une situation hautement anxiogène, dans l’optique où il pourrait perdre ses enfants ou la relation significative qu’il avait avec elles», a écrit Mme Régnière.

Selon son médecin, Martin Carpentier avait finalement rencontré un avocat en juin 2020 pour les procédures de divorce et, le 8 juillet, reçu un document à signer, ce qui a peut−être déclenché ce qui s’est passé.

Accident intentionnel

Le soir de l’accident, Martin Carpentier a insisté pour emmener les filles seules prendre un cornet de crème glacée après avoir passé la soirée en famille. La coroner a souligné plusieurs signes suggérant que l’accident était intentionnel et que la tentative ratée pour une issue mortelle représentait un «point de non−retour» pour Martin Carpentier.

La police a d’abord pensé qu’elle avait simplement affaire à une personne ayant fui les lieux d’un accident, et elle a souvent été empêchée d’obtenir des informations en temps opportun. Lorsque les enquêteurs ont contacté les hôpitaux locaux peu de temps après l’accident, le personnel a refusé de dire si les trois avaient été admis, invoquant la confidentialité.

Le médecin de famille de Martin Carpentier a également invoqué la confidentialité en refusant de fournir à la police des informations qui auraient pu donner un aperçu de l’état mental du suspect. La coroner a noté que le code de déontologie médicale permet une exception dans de telles circonstances et a recommandé que le Collège des médecins de la province examine la conduite du médecin.

Dans une autre recommandation, la coroner a déclaré que le gouvernement devrait envoyer des directives garantissant que les informations sur la santé sont communiquées rapidement en cas d’urgence.

Des messages texte comme un dernier adieu

Dans les heures qui ont suivi la disparition, la famille de Martin Carpentier a déclaré aux autorités qu’il ne présentait aucun danger pour les filles. Ce n’est qu’au petit matin du lendemain que la police a découvert qu’il était déprimé et anxieux à propos de son divorce. À 6 heures du matin, le 9 juillet, la fiancée de Martin Carpentier a présenté aux enquêteurs des messages texte qu’il avait envoyés la veille au soir, avant l’accident, qui se lisaient comme un dernier adieu.

«Il n’y avait plus de doute dans l’esprit des policiers que les enfants étaient en danger», écrit Mme Régnière. Mais les autorités n’ont pas immédiatement lancé une alerte qui aurait rejoint de nombreux Québécois dans la matinée.

La coroner a ordonné une autopsie psychologique impliquant des documents de consultation, qui a conclu que Martin Carpentier présentait «un épisode de dépression majeure avec symptômes psychotiques probables et c’est dans cet état d’esprit qu’il aurait mis fin aux jours de ses filles et de lui−même».

Dans des rapports rendus publics jeudi, la coroner conclut que la mort des filles est probablement survenue dans l’après−midi du 9 juillet et que leurs corps ont été retrouvés le 11 juillet non loin l’un de l’autre.

Martin Carpentier s’est suicidé dans les heures qui ont suivi le meurtre des filles, mais son corps n’a été retrouvé que le 20 juillet.

Ces disparitions ont créé une onde de choc au Québec, en particulier dans la ville d’un peu plus de 6000 habitants où le drame s’est déroulé et à Lévis, la ville natale de la famille.

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Besoin d’aide pour vous ou un proche?

– Ligne téléphonique de prévention du suicide: 1 866 APPELLE (1 866 277−3553)

– Ligne Info−Social du gouvernement du Québec (811)

– Site d’aide et de prévention (suicide.ca)

– Centre de prévention du suicide du Québec (cpsquebec.ca)

– Association québécoise de prévention du suicide (aqps.info)

Sidhartha Banerjee, La Presse Canadienne

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