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Conseil national des chômeurs et chômeuses

Une marche de 200 km pour réclamer une réforme de l'assurance-emploi

durée 23h59
14 septembre 2022
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Temps de lecture   :  

5 minutes

Par La Presse Canadienne

Face à l’inaction du gouvernement fédéral en matière de réforme de l’assurance-emploi, des organisations de défense des droits des chômeurs entament une marche jusqu’à Ottawa.   

Chapeautés par le Conseil national des chômeurs et chômeuses (CNC), les marcheurs partiront de Montréal mercredi pour parcourir en neuf jours les 200 km qui les séparent de la capitale fédérale.   

À compter du 25 septembre, les changements temporaires apportés au programme de l’assurance-emploi pour aider les Canadiens à accéder aux prestations pendant la COVID-19 ne seront plus en vigueur, peut-on lire sur le site Web de l’assurance-emploi.   

Et c’est justement ce qui inquiète le CNC.   

Le porte-parole du CNC, Pierre Céré, déplore le retour au statu quo, à «une loi que le gouvernement considère lui-même comme désuète, inéquitable, où il faut apporter une réforme».   

Parmi les mesures qui vont être perdues, M. Céré souligne notamment le critère d’admissibilité unique à l’assurance-emploi, établi à 420 heures d’emploi assurable. Le retour au statu quo fait que 420 à 700 heures seront nécessaires pour être admissible aux prestations, en fonction du taux de chômage régional.  

Selon M. Céré, cela est préjudiciable pour les travailleurs à temps partiel, soit un cinquième des Canadiens en emploi, dont la majorité sont des femmes, rappelle-t-il. Les travailleurs contractuels ou saisonniers sont aussi affectés, alors que de nombreuses régions, comme la Gaspésie et la Côte-Nord ou les Maritimes, ont une activité essentiellement saisonnière, ajoute-t-il.  

«Une deuxième (mesure) est celle des sanctions rattachées aux raisons de fin d’emploi. On a allégé le système de sanctions. Et là, on revient avec la bonne vieille machine, le 25 septembre, qui alourdit, qui passe son temps à scruter, à enquêter chaque raison de fin d’emploi de la dernière année, et ça fait en sorte d’exclure bon nombre des demandeurs de l’assurance-emploi», précise M. Céré.   

Notant le «taux de chômage record de 4,9 % et la reprise de 115 % des emplois perdus pendant la pandémie», le bureau de la ministre de l’Emploi, Carla Qualtrough, confirme dans un courriel la fin des mesures de soutien et des mesures temporaires.   

«Toutefois, le gouvernement reconnaît que le régime d’assurance-emploi actuel doit être plus flexible, plus juste et mieux adapté aux besoins des travailleurs d’aujourd’hui», ajoute le bureau.   

M. Céré estime que ce n’est pas parce que le taux de chômage est bas qu’il ne faut pas se préoccuper du programme d’assurance-emploi.   

«Il ne faut pas attendre la prochaine crise. Il faut réparer ce filet social troué. (…) Il faut apporter un nouvel équilibre au programme d’assurance-emploi et assurer une meilleure couverture, pas en souhaitant aux gens du chômage, ce qu’on souhaite aux gens, c’est l’emploi», ajoute-t-il. 

Réforme attendue 
«Cette réforme-là, on l’attendait l’année dernière, constate M. Céré. Ce qui est venu à la place, c’est l’annonce d’une consultation. On a été bons joueurs et on a participé à ces consultations-là qui se sont étalées sur presque un an.»  

Dans un courriel, le bureau de la ministre de Carla Qualtrough explique qu’à «l’été 2021, le gouvernement a amorcé son processus de consultations sur deux ans auprès des Canadiens et des intervenants afin de bâtir un régime moderne d’assurance-emploi résilient, accessible, adéquat et financièrement durable».  

Le rapport de la première phase de consultations, qui concernait le meilleur accès à l’assurance-emploi, a été publié en avril.  

La deuxième phase de consultations, qui a notamment compté des ateliers sur le travail autonome, le travail saisonnier et le financement de l’assurance-emploi, a pris fin le 29 juillet dernier et le rapport est attendu à l’automne, précise le bureau de la ministre.  

«À l’heure actuelle, le gouvernement analyse la rétroaction recueillie lors des deux phases de consultation visant à élaborer et à mettre de l’avant une solution pour la modernisation du régime de l’assurance-emploi qui soit éclairée par les importants commentaires des intervenants, et des travailleurs et employeurs canadiens. Le gouvernement devrait annoncer les détails de ce plan dans les prochains mois», ajoute le bureau. 

Prestations de maladie 
Le budget 2022 du gouvernement Trudeau prévoyait d’augmenter la durée des prestations de maladie de l’assurance-emploi de 15 à 26 semaines à compter de l’été 2022. Le budget 2021 l’annonçait également. Il promettait 3 milliards $ sur cinq ans pour «pour faire passer de 15 à 26 semaines la période de prestations de maladie», une «prolongation, qui prendrait effet à l’été 2022 (et qui) procurerait chaque année à environ 169 000 Canadiens plus de temps et de souplesse pour se rétablir et retourner au travail». 

Or, les organisations de défense des droits des chômeurs déplorent que rien n’ait été fait. 

«Non seulement il n’y a rien, mais les fonctionnaires n’ont reçu aucune indication», souligne M. Céré.  

«Toutes les compagnies d’assurance ont remodelé leur protection d’assurance salaire courte et longue durée en fonction des changements à venir. Et il n’y a rien», ajoute-t-il.  

Le bureau de la ministre Qualtrough indique que «la prolongation des prestations de maladie de l’assurance-emploi de 15 à 26 semaines sera mise en œuvre plus tard cette année». 

Délais  
Le CNC dénonce les délais administratifs inacceptables que Service Canada impose à des milliers de prestataires.  

«La machine est engluée dans une mélasse où les délais administratifs sont devenus inhumains, constate M. Céré. Cela fait 40 ans que je suis dans ces milieux-là (…), ce qu’on vit depuis le début de cette année, c’est du jamais vu. Des gens qui attendent quatre, cinq, six, sept mois avant de recevoir des prestations de chômage, parfois des prestations de maladie.»  

Il assure pourtant qu’il ne s’agit pas d’un manque de personnel, comme lui a confirmé le syndicat des employés du gouvernement.  

«Alors qu’est-ce qu’il se passe dans cette machine pour que tout soit chaotique? questionne-t-il. C’est ça qu’on porte et c’est pour ça qu’on a décidé de marcher. Probablement qu’on a besoin de temps pour décolérer un peu.» 

La marche se met en branle mercredi à 8h devant les locaux du Comité Chômage de Montréal, situés au pied du mont Royal. Si certains vont marcher au complet les 200 km nécessaires pour rejoindre la capitale fédérale, des sympathisants ont prévu de se joindre chaque jour au parcours. 

À leur arrivée à Ottawa, le 22 septembre, les militants tiendront un point de presse au Parlement accompagnés d’organisations syndicales, de représentants des Premières Nations et de partis politiques, dont le NPD et le Bloc québécois. Ils souhaitent aussi rencontrer le premier ministre Justin Trudeau.

Johanna Pellus, La Presse Canadienne

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