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«Quand la vie change»

Un nouveau guide pour prévenir et agir sur la perte d'autonomie chez les aînés

Un nouveau guide pour prévenir et agir sur la perte d'autonomie chez les aînés
Photo: La Presse Canadienne, 2026
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Le vieillissement de la population s'accélère au Québec, et pourtant, la perte d'autonomie demeure un sujet tabou. Dans ce contexte, un nouveau guide est lancé pour aider les aînés à prendre soin d'eux-mêmes et rester à la maison le plus longtemps possible.

Les personnes âgées ont souvent de la difficulté à reconnaître qu'elles sont en perte d’autonomie. Le guide donne des trucs simples pour favoriser un vieillissement actif et encourager les bonnes habitudes de vie. Il regroupe aussi les programmes et services existants lorsque certaines tâches deviennent plus difficiles.

Le cahier de 40 pages qui s'intitule «Quand la vie change» a été développé par le CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal. Il a été distribué dans différents lieux stratégiques de son territoire, comme les résidences privées pour aînés et les pharmacies, mais le guide complet est aussi disponible en ligne à laviechange.com.

On y retrouve plusieurs sections avec des conseils ainsi que les signaux à repérer quand il est temps de demander de l'aide. On fait valoir par exemple l'importance de bien manger (particulièrement des protéines) et boire de l'eau même si l'appétit est moins grand.

Bouger chaque jour est par ailleurs très important. «On veut maintenir les acquis. On veut maintenir la force, la souplesse et sa capacité cardiovasculaire. Donc, bouger, même un petit peu, ça aide», précise le Dr Stéphane Ahern, spécialisé en médecine interne générale et en soins intensifs, qui a participé au contenu du guide.

Travailler la mémoire et apprendre de nouvelles choses sont également essentiels. «Il faut faire des exercices pour garder ses muscles, mais il faut aussi garder l'activité cérébrale très active. Et ça, on le voit dans les études. Donc, faire des jeux de mémoire, les mots croisés, les jeux de société avec des amis, la lecture», donne en exemple le Dr Ahern. Il ajoute que de briser l'isolement social est l'un des marqueurs extrêmement importants.

Le deuil d'une certaine autonomie

Le plus difficile pour les personnes âgées n'est pas de faire de l'exercice chaque jour ou d'organiser une routine structurée. C'est simplement d'accepter l'aide d'autrui, que ce soit un proche ou un professionnel.

«Je l'explique souvent à mes patients, raconte le Dr Ahern. Des fois, accepter de l'aide, ça a l'air contre-intuitif. Tu te dis: ''je vais perdre mon autonomie'', mais accepter l'aide, c'est gagner de l'autonomie. Et gagner de la capacité à être heureux, à rester dans son milieu de vie.»

Francine Gravel, enseignante retraitée âgée de 71 ans, l'a vécu avec sa mère pour qui elle est proche aidante. «Je pense que ma mère, comme plusieurs autres, ont peur d'être "placés" s'ils demandent de l'aide», dit-elle.

«Je m'entends lui dire: ''Ce n'est pas pour te placer, c'est le contraire. C'est pour que tu restes à la maison le plus longtemps possible.''»

La mère de Mme Gravel a finalement accepté. Un employé du CLSC venait matin et soir pour la prise de médicament et aider au repas. Deux à trois fois par semaine, quelqu'un venait aussi pour l'aider à sa toilette. «J'ai mis autour d'elle plein de ressources, donc malgré le diagnostic d'alzheimer qui est arrivé, je pense que je lui ai gagné certainement quatre ou cinq ans à la maison», estime Mme Gravel. Sa mère, aujourd'hui âgée de 96 ans, vit en CHSLD en raison de la progression de la maladie.

«Quand tu es en perte d'autonomie, surtout quand elle s'accélère rapidement, des fois les deuils s'imposent un peu plus vite. [...] À ce moment-là, tu as besoin d'un petit peu plus d'aide rapidement. Mais il faut en parler! s'empresse d'ajouter le Dr Ahern. Plus on en parle à l'avance à sa famille, plus on est capable d'être bien entouré et être capable d'avancer. [...] Si vous êtes une personne âgée seule, vous n'êtes pas seule. Il y a une communauté autour de vous, il y a des services autour de vous.»

Apporter de l'humour dans le vieillissement

Le Dr Ahern souligne que pour le «vieillissement dit normal», l'autonomie se perd très doucement. «Et il y a des personnes qui demeurent extrêmement en santé. [...] Ceci étant dit, c'est sûr que si on met d'autres facteurs, si je rajoute la solitude et l'isolement, le manque de stimulation, les mauvaises habitudes de vie, la perte d'audition non compensée, la perte de vision non compensée, là, votre autonomie elle (chute) plus rapidement», explique-t-il.

«Je ne veux pas que le message soit: ''vieillir, c'est perdre son autonomie''. C'est: ''vieillir, on perd un peu d'autonomie, mais plus on s'occupe d'être actif, plus on est capable de le repousser ou de garder cette capacité d'être en action''».

Francine Gravel n'a pas peur de demander de l'aide. Elle vit depuis peu dans le duplex de son fils. Elle croit qu'il ne faut pas attendre que notre état se détériore avant de lever la main. Elle envisage d'avoir de l'aide pour son ménage prochainement même si elle est encore capable de le faire. «Mon arthrose... quand il faut que je me penche... mémé, elle commence à avoir de la misère à se mettre à genoux», raconte-t-elle en riant.

D'ailleurs, Mme Gravel trouve que l'humour manque chez certains aînés à propos du vieillissement. «Essayez de rire de ça. Dans mon cas, c'est un outil intéressant que j'utilise abondamment. Dans le mot "vieille", il y a le mot "vie", et c'est très beau ça. Je ne suis pas une jeune, donc je suis vieille. Mais moi, je l'accepte en riant. [...] c'est d'accepter qu'on est à une autre étape, c'est tout.»

La couverture en santé de La Presse Canadienne est soutenue par un partenariat avec l’Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est seule responsable de ce contenu journalistique.

Katrine Desautels, La Presse Canadienne

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