Au cours des cinq prochaines années
Le Canada renforce son industrie de la défense pour s'émanciper des États-Unis
Le Canada s'efforce de réduire sa dépendance vis-à-vis des fournisseurs militaires américains. Alors que les dépenses militaires canadiennes montent en flèche, une vague d'entreprises canadiennes se lance dans les marchés publics de la défense. Certaines conçoivent des capteurs à distance pour la vaste région arctique du pays, d'autres fabriquent des drones pour ravitailler les soldats ou encore construisent des robots autonomes.
L’essor du secteur de la défense reflète l’engagement pris par le premier ministre Mark Carney de renforcer l’autonomie économique du pays dans un contexte de relations tendues avec Washington. Cette dynamique a notamment été marquée cette semaine par une nouvelle escalade avec l’imposition de nouvelles séries de droits de douane.
Les jeunes entreprises canadiennes et celles bien établies, aux côtés de sociétés européennes, devraient bénéficier de dizaines de milliards de dollars de financements supplémentaires dans le domaine de la défense, le président américain exigeant une contribution accrue à l’OTAN. L’investissement du Canada reste modeste par rapport au budget du Pentagone, mais sa stratégie vise à renforcer les capacités de défense de la nation, et pas seulement celles des sous-traitants américains.
La stratégie industrielle de défense publiée en début d’année par Carney marque un tournant générationnel pour le Canada, qui a inventé le maintien de la paix moderne et s’est longtemps contenté de rester dans l’ombre de son voisin du sud en matière de défense.
Ce plan de défense prévoit un financement supplémentaire de 60 milliards $ au cours des cinq prochaines années, et le gouvernement s’est engagé à soutenir les entreprises nationales afin qu’elles puissent s’implanter dans les chaînes d’approvisionnement de la défense et de la sécurité. Actuellement, le Canada consacre entre 36 et 43 milliards $ à la défense nationale.
M. Carney a notamment appelé à renforcer les capacités des Forces armées canadiennes dans l’Arctique, en augmentant les dépenses de plusieurs dizaines de milliards de dollars afin d’affirmer la souveraineté sur cette région vaste, mais peu peuplée et de plus en plus disputée.
Un volet majeur de la stratégie canadienne consiste à diversifier les sources d’approvisionnement en s’affranchissant des sous-traitants américains du secteur de la défense. Elle vise à puiser dans un vivier mondial plus large de fournisseurs de matériel militaire — et à favoriser les chaînes d’approvisionnement nationales dans le domaine de la défense.
Cette stratégie prévoit des investissements s’élevant à plus d’un demi-milliard de dollars, la création de 125 000 emplois et le triplement de la taille de l’industrie de la défense du pays au cours de la prochaine décennie, en attribuant des contrats à des entreprises canadiennes. Elle préconise d’accélérer la recherche et le développement et donne la priorité au développement de «capacités souveraines» clés, notamment dans les domaines de l’aérospatiale, de la robotique et des systèmes sans pilote.
Mais les efforts du Canada pour moderniser son appareil militaire se heurtent encore à d’importants défis potentiels, notamment le risque que les partis d’opposition s’attaquent aux plans de dépenses de Mark Carney lors des prochaines élections.
Les entreprises qui développent des technologies innovantes pourraient aussi être attirées vers les États-Unis pour leur marché de la défense, bien plus vaste. Il sera également difficile pour les entreprises canadiennes de rivaliser avec leurs homologues américaines, qui disposent de budgets de recherche et développement bien plus importants.
Cette stratégie ouvre néanmoins de nouvelles perspectives à des entreprises canadiennes. Cependant, le Canada n'étant techniquement pas en guerre, elles ne peuvent pas compter sur des ventes exclusivement destinées à l'armée.
Kelvin Chan, The Associated Press
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