L'importance d'avoir ses propres ami(e)s
« Bonjour, je suis la maman de deux filles et je m'inquiète de la relation entre celles-ci . Mes deux filles ont toujours été très proches. Je suis toutefois inquiète par le fait qu'à l'école et maintenant au camp de jour, ma petite de 6 ans ne veut qu'être auprès de sa grande sœur de 8 ans au lieu de se créer son propre réseau. Est-ce que cela est normal et est-ce qu'à la longue, cela peut nuire à leur relation? »
S. Rochon, Chambly
Mme Rochon, tout d'abord, je dis vous dire que c'est un bon réflexe de votre part de vous poser cette question. Effectivement, votre grande fille de 8 ans risque de développer une aversion envers sa petite sœur, à moyen ou à long terme, si elle se sent obligée de toujours rester avec elle lors des congés, au camp de jour et, pendant la période scolaire, lors des récréations et des sorties du midi. Même si vos filles ont une relation très complice à la maison, il est bon qu'elles développent leur propre réseau d'amies, entre autres, au camp de jour ou à l'école.
Pour la plus jeune de 6 ans, il est important qu'elle puisse se faire des amies sans prendre l'habitude de se fier à sa sœur aînée. Pour se valoriser et augmenter son estime d'elle, la sœur cadette doit trouver des moyens pour socialiser davantage. Les enfants ont besoin de jouer avec d'autres enfants de leur âge car ils sont rendus à des niveaux similaires de leur développement. Ils ont donc des intérêts semblables et trouvent des idées de jeux adéquats.
Pour votre fille aînée, il est important qu'elle sente qu'elle peut aider sa sœur pendant un certain bout de temps au début de l'année, mais, peu à peu, vous pouvez les aider toutes les deux à trouver des stratégies d'intégration tout en favorisant qu'elles puissent prendre une distance saine entre elles. À l'âge de vos filles, vous pouvez les faire participer activement à une recherche de solutions. Choisissez un moment où elles sont disponibles et assoyez-vous ensemble. Faites un remue méninge de toutes les idées possibles pour favoriser que la cadette puisse se développer un réseau social en dépendant le moins possible de sa grande sœur. Il est important de refléter à chacune les sentiments, émotions et désagréments que la situation peut leur faire vivre l'une et l'autre.
Car, après tout, il peut être intéressant de savoir comment vos deux filles vivent la situation. Lorsque vous avez trouvé une solution viable pour vous toutes, vous pouvez décider de la mettre en action pendant quelques jours pour voir si vos enfants sont satisfaites des résultats.
En première année du primaire, il est possible d'aider son enfant à mieux s'intégrer en parlant à son professeur, par exemple, qui pourra lui porter une attention particulière pour favoriser son ouverture vers les autres. La même chose peut se faire avec son animatrice du camp de jour. Comme parent, on peut aussi profiter de différentes occasions pour que notre enfant rencontre d'autres enfants du voisinage qui vont au même camp de jour, à la même école, par exemple, en organisant une petite fête. Le parent peut favoriser le développement de nouvelles amitiés en s'intéressant aux autres enfants qui font partie du groupe de camp de jour ou de la classe de leur fille ou de leur fils. Il est évident que les enfants parlent beaucoup de ce qu'ils ont fait dans la journée et des «autres ami(e)s» de leur entourage.
C'est le moment idéal pour démontrer à l'enfant qu'il peut se créer des liens et vivre du plaisir à travers cela. Vous pourriez également favoriser l'inscription de vos filles à des activités de loisirs ou à des activités parascolaires qui permettent, encore-là, de développer des affinités avec d'autres enfants.
Si vous réalisez que votre fille aînée semble trop se responsabiliser face à sa plus jeune sœur, vous pouvez l'aider à se libérer en recadrant la situation dans son contexte. Il est primordial de comprendre pourquoi elle veut aider sa sœur tout en la félicitant de cette entraide. Tout en respectant son besoin de se rendre utile dans cette situation, votre grande fille aurait avantage à se sentir correcte de penser un peu plus à elle pendant les récréations, par exemple. Peut-être a-t-elle elle-même trouvé difficile son entrée à l'école. C'est en se confiant à vous qu'elle pourra se libérer de ce poids et ainsi avoir confiance en les capacités de sa jeune sœur de se faire des ami(e)s.
En terminant, je vous encourage donc à ouvrir sur la question avec vos enfants en les faisant verbaliser sur ce qui se vit autour de la situation et en les amenant à faire partie de la solution. Ce processus peut s'avérer valorisant pour vos filles et leur permettre de se sentir compétentes, de souligner leurs forces et de leur apprendre à mettre des limites l'une face à l'autre et d'en voir les bienfaits. Effectivement, il n'est pas utile pour les enfants d'avoir l'impression qu'ils doivent «sauver» leur sœur ou frère. C'est une occasion unique de grandir et de solidifier votre relation avec elles. Et rappelez-vous : que vos filles aient le goût de se voir ou de jouer ensemble au camp de jour ou à l'école, à l'occasion, est sain et positif si elles le font en toute liberté de choix.
Bonne semaine!
Chers lecteurs, le Chambly Express.ca vous invite à poser vos questions à notre intervenante maison dans le cadre de cette chronique hebdomadaire sur les relations familiales. Chantal David, travailleuse sociale de plus de 25 ans d'expérience, se fera un plaisir d'y répondre. Nous vous invitons à nous faire part de vos questions concernant les relations interpersonnelles à l'adresse courriel: chamblyexpress@transcontinental.ca. ou chantaldavid01@hotmail.com.
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