Nous joindre
Publicité

Blessures d'abandon : il faut s'en occuper !

Vous vous souvenez de la petite fille qui n'avait besoin de rien? Elle n'était pas dérangeante et ses parents adoptifs, qui avaient un désir d'enfant si grand et depuis tant d'années, s'en réjouissaient. En effet, cette enfant, qui semblait si bien et déjà si attachée à eux, représentait la preuve bien vivante qu'ils avaient bien mérité le droit d'être parent! Ils se sentaient si forts et en contrôle qu'ils ne voyaient pas pourquoi ils feraient état de blessures qui ne paraissaient pas.

Après tout, leur enfant avait été adoptée si jeune. Quand ils ont appris que leur grande fille de 14 ans si heureuse n'allait pas à ses cours et avait été surprise à fumer du « pot », ils se sont dit qu'elle faisait des expériences tout à fait normales pour son âge. Puis, quand elle s'est mise à les défier et à les rejeter sur une base régulière, ils ont espéré que cela lui passerait très vite. Puis, quand son père l'a surprise en train de racoler des hommes sur la rue pour se faire de l'argent, quelque chose en lui s'est brisé! Lui et sa conjointe se sont sentis anéantis. Après tout ce qu'ils avaient fait pour cette enfant! Après tout, ne l'avaient-ils pas arraché à un destin si cruel? Comment pouvait-elle en être rendue là?

Souffrir en silence

Cette jeune fille avait grandement souffert des séparations qu'elle avait vécues en bas âge. Pour être aimée, elle s'était tue et avait fait tout ce qu'on attendait d'elle. Et personne, pas même ses parents, n'avait compris qu'en vérité, elle avait continuellement peur d'être laissée et qu'elle avait une pauvre opinion d'elle-même par moment.

Ce corps qui avait été laissé à la naissance pourrait-il être digne d'amour? Et même si ses parents étaient très corrects et aimants, ils avaient oublié de laisser une place au vécu émotif qu'elle transportait en elle. Ils avaient ignoré la « cassette » qu'elle avait à l'intérieur d'elle-même. La jeune fille en question a retrouvé un équilibre dans sa vie après avoir fait des sessions de thérapie où elle a pu « vider son sac » et intégrer son passé avec son présent. Elle a continué sa route sur des bases différentes. Et puis, l'amour et l'encadrement que ses parents adoptifs lui avaient apportés l'ont vraiment aidée.

Provoquer la séparation pour moins souffrir

Je vais maintenant vous parler d'un autre genre de mode défensif. Un jeune garçon, qui avait également une histoire d'abandon et de séparation en bas âge, réagissait plutôt en adoptant des comportements dérangeants. À la suite de son adoption, alors qu'il avait presque deux ans, il a voulu séduire son entourage, car il avait grandement besoin d'amour et d'attention.

Habitué de voir défiler dans sa vie des adultes qui ne restaient jamais assez longtemps pour qu'il s'y attache, il se demandait combien de temps ceux-ci allaient rester! Anxieux, car inquiète face à cela, il a alors commencé à vouloir mener le bal. Une fois qu'il a senti que les nouveaux adultes autour de lui semblaient bien accrochés et charmés par lui, il a testé les limites en se disant que, de toute façon, on allait sans doute le laisser encore une fois.

Il a crié, craché, tapé, lancé des objets, fait tout ce qui était interdit, a fait des crises à chaque refus, il a rejeté l'encadrement autant qu'il a pu. De cette façon, bien inconsciemment, il se retrouvait en contrôle et provoquait ce qui, de toute façon, allait lui arriver tôt ou tard! Les parents adoptifs se sont épuisés à vouloir le sécuriser et se sont dit qu'ils allaient y arriver seuls. De toute façon, quand ils parlaient de leurs problèmes à des gens en qui ils avaient confiance, soit ils se faisaient dire que tous les enfants étaient comme ça, soit ils se faisaient dire que, « pauvre eux », ils étaient tombés sur un enfant vraiment pas correct, ou encore ils se faisaient dire qu'ils n'avaient sans doute pas le tour avec l'enfant.

Honte, culpabilité et sentiment d'échec ont envahi ces deux parents bien intentionnés. Ils ont tenté de se trouver des services spécialisés, mais c'était soit trop long, trop loin ou trop cher et ils ont fini par renoncer. La frustration et la colère, la peine et l'impuissance sont devenues leur lot quotidien. Ils ont même posé des gestes violents qu'ils regrettaient amèrement à chaque fois. Ce n'était pas du tout ce qu'ils avaient espéré en devenant parents. Après plusieurs mois, ils ont appelé la protection de la jeunesse et ils ont demandé un placement! Désespérés et confus, ils se sont séparés, convaincus qu'ils étaient les plus mauvais parents du monde. Le petit garçon, blessé par les ruptures vécues dans sa jeune vie, s'est retrouvé en famille d'accueil où il a continué ses comportements de plus belle. Il paraît qu'il est toujours en centre d'accueil, car les cinq familles d'accueil qui l'ont hébergé n'ont pas réussi à le sécuriser...

Pensez-vous que j'ai inventé ces histoires? Eh bien! Non. Je me suis inspirée de faits véridiques. On peut toujours continuer de penser que les blessures d'abandon chez un bébé ou un jeune enfant ne l'ont pas touché... Les adultes abandonnés dans l'enfance qui m'écrivent me parlent de leur insécurité, de leur peur de tout perdre, de leur sentiment de non-appartenance, de leur difficulté à penser qu'ils sont comme tout le monde, et ce, peu importe que leur histoire d'adoption se soit bien déroulée ou non.

À la suite de la chronique d'il y a deux semaines, une lectrice m'a écrit une lettre très touchante où elle me dit s'être reconnue dans le mode d'adaptation de « l'enfant qui n'avait besoin de rien » et elle n'a jamais fait de vagues. Aujourd'hui, elle reconnaît ses blessures et elle console cette petite fille en elle qui a souffert en silence.

Pour aider les enfants qui ont des blessures d'abandon, ou pour les adultes qui ont encore mal certains jours, je vous suggère de lire : Parents de cœur, comprendre l'enfant adopté, de Sherrie Eldridge, aux Éditions Albin Michel. L'auteure a elle aussi vécu l'abandon. Besoin d'aide ou de parler à d'autres parents adoptifs?

Bonne lecture!

RECOMMANDÉS POUR VOUS

Un faible patrimoine pèse sur la santé des aînés à la retraite
SociétéPublié à 12h00

Un faible patrimoine pèse sur la santé des aînés à la retraite

Les gens à la retraite qui ont accumulé peu de patrimoines ont un risque accru d’être en mauvaise santé, conclut une étude de l’Observatoire québécois des inégalités (OQI) publiée mardi. L'étude, qui a été réalisée en 2025 et 2026, s'est basée sur l'analyse de données de Statistique Canada ainsi que des données qualitatives ...

LIRE LA SUITE
Publicité
La lecture a de multiples bienfaits pour la santé
SociétéPublié hier à 15h00

La lecture a de multiples bienfaits pour la santé

Lire pour le plaisir est associé à une réduction du stress, à une plus grande empathie, à un meilleur bien-être et à un sentiment de solitude moins lourd, montre une nouvelle étude britannique. À l'enfance, plus particulièrement, la lecture était associée à une meilleure capacité d'attention, à une meilleure mémoire, à de meilleures ...

LIRE LA SUITE
Publicité