Sainte Colère
Cette semaine, j'ai le goût d'aborder le sujet de la colère de l'enfant. En effet, comment peut-il apprendre à la libérer ? Quels moyens lui donne-t-on ? Parce qu'encore en 2011, la colère a bien mauvaise presse ! Après tout, elle ne rime pas avec « gentille, douce, socialement correcte » et tout le tralala ! Et puis, comment démêler la colère, l'agressivité et, la violence sans toujours sauter à des conclusions hâtives et tout mettre dans le même panier ? Un enfant de deux ans tape son petit ami et je vois des parents ou des éducateurs crier tout de suite « violence »...
Reconnaître la colère
Si on regarde la définition de AGRESSIF, il est question « d'un dynamisme conquérant ». Dans l'agressivité, il y a de l'hostilité dans les paroles et les actes. Tout être humain a de l'agressivité en lui, en elle. C'est bien utile pour la survie. En société, toutefois, il faut apprendre à la maîtriser pour entretenir des rapports plus harmonieux. Entre 2 et 4 ans, l'enfant fonctionne avec beaucoup d'agressivité. Il crie, hurle, tape, donne des coups de pieds, arrache et déchire papiers, jouets, etc.
Cela commencerait vers les 9 mois et serait à son comble dans la période d'âge mentionnée plus haut. En fait, l'éducation sert beaucoup à apprendre aux enfants à se contrôler, à gérer leur impulsivité et à apprendre les vertus de la patience, de la tolérance et des attitudes plus positives. L'apprentissage de la parole permet à l'enfant d'utiliser un autre outil que le corps seulement. Et plus il développe d'habiletés plus il peut raffiner ses interactions avec les autres.
La COLÈRE, quant à elle, est une émotion au même titre que la peine et elle est porteuse d'une énergie. Cette énergie est aussi empreinte d'agressivité puisque la personne ou l'enfant qui la ressent est très mécontent. Une plus ou moins grande intensité se dégage de la personne en colère. Jusque-là, ça va assez bien, quoique déjà la simple colère est mal accueillie souvent par l'entourage. Mais imaginons que l'enfant ou l'adulte n'a presque jamais pu exprimer sainement sa colère, il risque alors d'user de VIOLENCE. À ce moment-là, il peut utiliser la force et faire mal ou peur aux autres pour arriver à ses fins. Il va se défouler sur les autres.
On peut alors dire que la personne a des paroles ou gestes violents mais pour dire qu'il ou elle EST VIOLENTE, il faut observer que la personne utilise un mode de communication où la violence est presque toujours présente. La personne croit que c'est la seule façon d'arriver à ses fins. Dans le cas d'un enfant, il est difficile de penser ou de dire qu'il est violent entre 0 et 6 ans. Il est plutôt en apprentissage et imite ce qu'il voit autour de lui. Il est aux prises avec son impulsivité et son agressivité et doit compter sur les adultes autour de lui pour l'aider à se calmer, à défouler sainement sa colère. Lorsque celle-ci est bien gérée elle permet à l'enfant d'aller plus loin.
Que nous apprend la colère ?
Elle nous indique que nous avons des limites, des besoins non respectés, des réactions face à différentes contraintes, bref c'est un indicateur important dans la vie. L'enfant a appris à se sentir coupable face à la colère de ses parents comme s'il en était l'unique responsable. Il a développé une crainte ou une indifférence. Face à sa propre colère, il s'est fait dire que ce n‘était pas beau, que ça faisait de lui quelqu'un de méchant, que c'était inapproprié, non fondé bref que sa colère n'a pas de raison d'être ! Encore aujourd'hui, de nombreux parents ne savent pas quoi faire face à la colère de leurs enfants ou face à leur propre colère.
Exprimer la colère en passant par le corps
C'est bien beau de dire à des enfants de 1 an et plus quand il se fâche et tape un ami par exemple, « Dis-le avec des mots pas avec des coups ! » mais il manque un aspect important pour l'enfant. Il doit pouvoir évacuer toute l'énergie qu'a provoquée son émotion. Je parle parfois à des éducatrices en garderie qui sont épuisées car tous les enfants ne se contentent pas de « dire », ils doivent se défouler. Et dans plusieurs milieux, il n'y a pas de possibilités autres. Si la colère est « OK » pourquoi ne pas fournir des moyens concrets à l'enfant de passer son énergie sans faire de mal aux autres.
Par exemple, en lui permettant de; -frapper sur un coussin désigné (le coussin de la colère), un punching-ball suspendu au plafond ou les personnages qui tiennent debout grâce à du sable au fond, -de dessiner avec agressivité sur du papier, -de froisser du papier rageusement et de le jeter à terre devant lui, -de crier sa colère si le contexte s'y prête, -de dire ce qu'il ressent s'il en est capable, - d'aller courir très vite, etc.
On peut aménager un coin dans la maison où il est possible de défouler sa colère en toute légitimité, et ce, pour les enfants et les parents. Il ne faut pas oublier que nous servons d'exemple comme parents. Il faut se donner le droit de la vivre notre colère nous aussi. Mais, il est préférable de ne pas s'attendre à ce que nos enfants le disent avec des mots seulement! Il est mieux de voir un jeune enfant jeter sa poupée à terre car cela l'empêchera de taper les autres enfants.
C'est quand il n'a aucune échappatoire que l'enfant explose et fait des crises de colère. Ou encore s'il n'y a aucun encadrement autour de lui. Il y a des livres qui aident l'enfant à identifier ses émotions et donnent des idées qui permettent d'extérioriser sa colère et donc de sentir qu'il peut la contrôler. Je vous laisse avec 2 références: Grosse colère, de Mireille d'Alancé (disponible en format de poche) et L'Imagier des sentiments de Félix, de Didier Lévy et Fabrice Turrier dans la collection Nathan.
Comme activité vous pouvez fabriquer une boîte de la colère que l'enfant peut décorer et quand il froisse des papiers, il les met dedans. Il peut imaginer que sa colère est contenue dans cette boîte. En tout temps, il est bon de nommer les émotions que l'enfant exprime pour l'habituer à se comprendre, à identifier ce qu'il vit, afin de pouvoir agir en conséquence. Rappelez-vous, « TOUS LES SENTIMENTS SONT OK » ce sont les comportements qu'il faut orienter de façon positive !
Bonne Colère !
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