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Quand la cigogne débarque à l'adolescence

À notre époque, être enceinte à l'adolescence n'est pas quelque chose qu'il faut désirer ! Au contraire, la pensée populaire veut que les adolescents-es soient dans une période de vie où il est inconvenant et inacceptable de penser à mettre au monde un enfant.

Quand une adolescente de 14 ans et plus tombe enceinte, le monde s'écroule autour et l'effet raz-de-marée d'une telle nouvelle laisse l'entourage dans un état pitoyable la plupart du temps. En fait, la réalité d'être enceinte à l'adolescence peut prendre différentes allures car les jeunes n'ont pas tous les mêmes conditions de vie, la même maturité, le même soutien familial, la même estime de soi et donc, les mêmes motivations, conscientes ou inconscientes, pour mener une grossesse à terme.

Défier le courant

D'emblée, il faut regarder les préjugés que nous entretenons face aux adolescentes enceintes. « Une enfant qui attend un enfant ! », « Sa vie vient d'être brisée ! », « Son avenir (études, carrière) est foutu! », « Ils (la jeune fille et son chum) ne sauront pas quoi faire avec un enfant ! », etc. Ce qui se dessine derrière ces pensées, souvent très rigides, c'est la conviction que dans la vie, il y a des étapes qu'il ne faut absolument pas devancer ou « interchanger ».

Comme si l'être humain devait suivre un seul chemin sous peine d'être incapable de s'ajuster et de s'adapter à des défis imprévus. Souvenons-nous qu'à certaines époques de l'histoire, on mariait des filles dès qu'elles étaient en âge de porter un enfant (13-14 ans) et elles contribuaient à peupler le pays! Comme quoi, ce qui est acceptable peut changer d'une époque à l'autre !

À la recherche de l'amour

Les jeunes filles qui deviennent enceintes à un très jeune âge sont souvent arrivées au monde alors que leur mère était elle-même adolescente ou très jeune femme. Elles sont influencées par leur modèle maternel et elles vivent cela de façon tout à fait naturelle. Bien que la grossesse n'était pas prévue, la majorité du temps, la jeune fille bien entourée qui a pu développer une estime d'elle significative, peut décider de garder l'enfant car elle se sent interpellée par l'importance de ce qui lui arrive.

Accompagnée par des adultes constructifs et réalistes, elle sent son désir d'engagement et avant tout de responsabilité. Il en va de même pour le futur père. Cela peut être difficile à croire, mais il y a un bon nombre de jeunes qui développent un sens des responsabilités et qui adhèrent à des valeurs face auxquelles ils veulent s'engager.

L'importance donnée à cette nouvelle vie, la famille, les liens, le respect de soi et d'autrui ainsi que la conviction que les événements ont un sens particulier dans leur vie, sont des valeurs prédominantes. Et elles ont les conditions, les moyens d'agir dans le sens de leurs valeurs.

Pour avoir côtoyé des adolescentes enceintes, nombre d'entre elles se disaient « contre l'avortement » ou en fait, pour le respect de cette vie qui prenait place en elles sans qu'elles l'aient nécessairement choisi. En effet, « les accidents » peuvent toujours survenir même avec une contraception efficace. Et cela, à tout âge ! D'autres jeunes filles m'ont fait part de leur désir d'être mères qui remonte souvent à l'enfance et n'est pas associé à des traumatismes ou à des manques mais plutôt à des sentiments favorables au lien parent-enfant.

Pour d'autres, par contre, qui vivent une relation mère-fille (père-fils) envahissante, il y a souvent un désir d'émancipation en devenant elle-même parent. Cela peut être très valorisant pour une jeune fille de devenir mère et donc, d'accéder au monde des adultes, d'être enfin reconnue car elle démontre ainsi sa capacité biologique de donner la vie.

Pour la jeune fille dont l'enfance a été difficile et empreinte de manques d'amour tels que la violence, les abus de tous genres, la négligence affective ou le contrôle abusif souvent déguisé en surprotection, l'enfant à naître devient une source d'amour inconditionnel qui ne l'abandonnera jamais.

L'adolescent-e peut sentir qu'il-elle pourra enfin être utile pour quelqu'un et se sentir plus compétent-e. Le futur parent (garçon ou fille), animé d'une pensée magique, se sent valorisé de devenir le centre d'intérêt de l'entourage pour un bon bout de temps. Il n'est pas rare que des adolescentes soient très heureuses de vivre la grossesse comme si elle représentait une fin en soi et que le choc de se retrouver responsable d'un poupon sera ainsi repoussé indéfiniment.

Toute l'éducation sur la contraception et les maladies transmises sexuellement, ne prend son sens que si les vrais enjeux sont abordés avec les jeunes; les relations amoureuses et le désir de plaire, d'être aimé. Si l'éducation sexuelle demeure trop technique, les adolescents ne sont pas rejoints dans leur vulnérabilité.

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