La course à obstacles de l'adoption
La semaine dernière, je vous entretenais sur le processus de l'adoption. Je me suis aperçue que j’avais passé par-dessus une étape importante et marquante dans la vie du parent adoptif... la grossesse « administrative ». J’écoute les parents me raconter tout ce qu’ils ont vécu pendant leurs démarches pour avoir un bébé ou un enfant, et ce, depuis plusieurs années maintenant et je me dis qu’il faut vraiment vouloir des enfants !
Adopter au Québec
Le premier réflexe quand on veut adopter un enfant c’est de le faire chez soi, dans son pays. Cependant, quand le futur parent apprend qu’il devra peut-être attendre entre 6 et 10 ans pour avoir un jeune enfant dans sa vie (0-2 ans), il se peut qu’il change d’idée ! Au Québec, l’adoption qui passe par les Centres Jeunesse est un processus qui peut s’avérer complexe bien qu'il semble y avoir une amélioration au cours des dernières années. En effet, le futur parent doit accepter de devenir famille d’accueil pour la banque mixte avant tout. Cela veut dire qu’il est famille d’accueil et qu’il peut aussi adopter éventuellement l’enfant qu’il accueille chez lui.
Cependant, un des parents biologiques peut décider de le reprendre avant que ne soit conclue l’adoption. L’autre grande difficulté est qu’il est difficile d’avoir des enfants de très bas âges donc il sera plus rapide de prendre un enfant de cinq ans et plus. Quand on sait que la capacité pour un enfant de s’attacher se développe dans les toutes premières années de sa vie, il est réaliste de penser que l’enfant plus âgé éprouvera de grandes difficultés à s’attacher à ses parents adoptifs.
Pour s’attacher, il faut se sentir «sécure» et cet enfant-là peut n’avoir eu personne en qui faire confiance de toute sa jeune vie. S’il a vécu de la négligence, de multiples ruptures et-ou des abus physiques et sexuels, vous imaginez le défi pour les futurs parents ! Ces enfants ont des besoins immenses qui n’ont pas été répondus et ils sont méfiants et blessés. Comme adultes, il faut alors accepter de ne pas devenir le parent d’un enfant aussi meurtri mais son guide, son accompagnateur. Les enfants résilients referont confiance un jour alors que d’autres n’auront pas développé la capacité de s’attacher à nouveau.
Il y a des gens qui sont très heureux de pouvoir jouer un rôle déterminant auprès de ces enfants qui ont été si mal entourés dans les premières années de leur vie. Il faut donc être prêt à vivre avec des enfants qui demandent une compréhension de leurs carences importantes et une patience, une persévérance et un bon réseau de support.
Comme tout parent !, vous me direz. Oui, mais avec un chemin de plus à faire, créer un lien ! Il y a beaucoup de belles histoires d’adoption au Québec, mais il faut savoir se défendre dans un système qui oublie parfois les humains pour favoriser les procédures. Une mère adoptive me confiait que la mère biologique de son fils avait signé les papiers pour qu’il soit adopté dès sa naissance. Le petit a quand même été placé en famille d’accueil alors que ses parents adoptifs l’attendaient à bras ouverts.
Il est resté quatre mois dans un endroit où les autres bébés pleuraient et criaient sans arrêt car ils étaient atteints de problèmes graves. Quand la mère adoptive allait voir son fils il avait les yeux exorbités, apeuré et plus «qu’insécure» dans ce milieu d’accueil. Il a fallu qu’elle rencontre une intervenante qui a mis un arrêt à cette incohérence. Le petit et les parents ont dû se remettre de la peine et de la colère qu’ils ont vécu dans un tel contexte.
Adopter à l'étranger
L’adoption d’un enfant, peu importe le pays, comporte de nombreuses démarches administratives. Bien entendu, adopter à l’étranger signifie doubler les procédures à faire. Une des premières étapes est la fameuse évaluation psychosociale qui permet au parent de savoir s’il va passer le test ! Les pays étrangers demandent cette évaluation car ils ne laisseront pas partir les enfants dans les bras de gens sans savoir s’ils sont capables de subvenir à leurs besoins matériels et affectifs.
Cela représente un stress pour les futurs parents et en même temps, leur envoie un message implicite qu’une fois le test passé, ils seront donc équipés pour s’en sortir seuls. Imaginez que tous les adultes désirant des enfants devraient faire évaluer ! Puis il y a la multiplication des démarches administratives au Québec avant le voyage pour aller chercher l’enfant.
Certains pays envoient l’enfant avec un-e accompagnateur-trice et les parents vont le chercher à l’aéroport. Ils peuvent apprendre que leur enfant arrive à 48 heures d’avis ! En général la période d’attente pour avoir l’enfant peut varier d’un an à 2-3 ans.
C’est une grossesse qui dure très longtemps et le couple vit les hauts et les bas qui vont avec cela. Les retards imprévus, les complications avec les organismes et institutions impliqués, les problèmes politiques ou de santé majeurs dans les pays impliqués qui font que l’adoption est bloquée automatiquement, les pays qui décident de fermer leurs portes à l’adoption internationale du jour au lendemain alors que des parents se préparaient à partir d’une semaine à l’autre, la santé du bébé ou de l’enfant qui se détériore, les difficultés à amasser l’argent nécessaire pour toute la démarche et l’enfant qui vieillit pendant ce temps à l’autre bout de la planète pour aucune raison valable d’un point de vue humain.
Et c’est sans compter les imprévus pendant le voyage d’adoption, le choc culturel avec des mentalités différentes, la pauvreté et les conditions difficiles de vie des gens, les mères biologiques qui changent d’idée à la dernière minute, les famille en pleurs dans la salle d’audience, les juges qui font repasser le test du parent exemplaire aux futurs parents, les problèmes de santé, bref toutes les surprises qu’un tel voyage peut réserver!! Si après avoir lu ce texte vous avez encore le goût d’adopter au Québec ou à l’étranger, c’est que vous allez passer à travers peu importe la grandeur des défis.
C’est ce qui est stimulant dans toutes démarches pour avoir des enfants biologiques ou adoptifs, c’est d’y aller avec une bonne dose de réalisme, un réseau de support et un brin de folie !
L’adoption vous intéresse ? Suivez votre coeur. Pour le Québec, vous appelez le Centre Jeunesse situé à Saint-Jean-sur-Richelieu au 450 359-7525, et pour connaître les pays où vous pouvez adopter, leurs critères ainsi que les agences situées au Québec avec lesquelles faire les démarches vous appelez au Secrétariat à l’adoption internationale au 514 873-5226.
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