Être parent adoptif ...au-delà des mythes…
Pour le futur parent adoptif, il y a des pièges à éviter. Les mythes peuvent empoisonner la relation entre les parents et leur enfant. Il est bon de les connaître avant d’accueillir un enfant et de se les rappeler pendant la période d’adaptation.
1-L’attachement mutuel instantané : Tout comme lors d’une naissance, l’adoption c’est la rencontre de deux êtres (et plus!) complètement différents qui ne se connaissent pas. Il y a une notion d’apprivoisement, car même si chacun a besoin de l’autre, tout est à bâtir. L’attachement n’est pas créé automatiquement parce que l’enfant sourit ou tend les bras. La confiance est loin d’être installée. QUOI FAIRE? Sécuriser l’enfant en lui donnant les soins de base et prendre le temps de l’apprivoiser. Se permettre de trouver cela difficile par moment est très sain pour le parent car il ne peut faire semblant que lui et l’enfant sont plus attachés que ce qui est en réalité. C’est facile pour le parent qui va chercher son enfant de 6 mois, 1 an ou plus de penser qu’ils ont toujours été ensemble. Pour l’enfant, il faut considérer qu’il devra passer autant de temps avec sa nouvelle famille que de temps qu’il a vécu sans eux. Certains enfants très carencés et adoptés après l’âge de deux ans peuvent avoir des troubles de l’attachement et rester insécures malgré les bons soins des parents.
2- La lune de miel; au départ, les premiers jours se passent bien et les parents se disent que la partie est gagnée. Puis, l’enfant se met à tester ses parents car il a moins peur d’être laissé. Les choses se calment une fois que l’enfant est certain qu’on ne le laissera pas tomber et que l’attachement se renforce. À moins bien sûr, qu’il ait un problème sérieux d’attachement. QUOI FAIRE? Il est important de rester connecté à la réalité pendant la lune de miel et se préparer à vivre des périodes d’ajustements plus difficiles. Cela permet de normaliser la situation et donc, de dédramatiser.
3- Le syndrome de réparation: Les parents adoptifs ont tendance à vivre de la culpabilité(irrationnelle) car ils n’ont pas été là pour leur enfant pendant les premiers mois de sa vie. Ils se demandent alors de combler tous les manques et besoins de l’enfant de façon irréaliste. Ils peuvent également vivre un profond sentiment d’échec, d’impuissance ou de frustration face au temps perdu et vont tout faire pour que l’enfant rattrape les retards de développement le plus vite possible. Quoi faire ? Il est préférable de faire le deuil des premiers mois où le parent et l’enfant ont été séparés. Le parent peut stimuler l’enfant mais sans se demander l’impossible et normaliser le fait que l’enfant doit trouver son rythme de croisière. Sinon, il risque de résister et même de régresser s’il sent une trop grande pression.
4- L’amour peut tout arranger : les parents auront beau aimer l’enfant, cela ne pourra effacer tous les manques, toutes les blessures et les conséquences de celles-ci sur ce dernier. QUOI FAIRE ? Être capable d’aimer l’enfant de façon inconditionnelle peut aider grandement ce dernier à reprendre confiance en la vie et les gens autour de lui. Le parent doit cependant prendre une distance émotive saine afin de ne pas porter à lui seul la responsabilité du mieux-être de son enfant. Ce dernier a développé des mécanismes de survie et il saura rebondir face à ses nouveaux défis.
5- Le piédestal : Les parents adoptifs ont passé par une évaluation psychosociale pour savoir s’ils seraient de «bons» parents et ils ont déployé de multiples démarches pour avoir leurs enfants. Ils se disent alors que quoi qu’il arrive, ils doivent y faire face seul. Et l’entourage s’empresse de leur faire comprendre qu’ils doivent se débrouiller puisqu’ils ont tant voulu ces enfants. QUOI FAIRE ? Surtout, il est fortement déconseiller de rester seul et sans support face à des problèmes émotifs ou de relation avec l’enfant adopté et d’attendre que la situation soit très détériorée et alors, d’aller consulter en situation de crise. Les services spécialisés en adoptions se font rares et son payants, la plupart du temps. Les parents ont le droit de demander des rectifications aux organismes et institutions concernés par la petite enfance. Après tout, tous ont droit à des services adaptés.
6-Il est bien partout ! : Les parents sont fiers de s’apercevoir que l’enfant qu’ils viennent d’aller chercher est bien partout et avec la plupart des gens. Cependant, il faut rester prudent car si cette situation perdure, cela peut démontrer un problème d’attachement. QUOI FAIRE ? Le parent adoptif doit aider son enfant à créer un lien privilégié avec lui en passant beaucoup de temps avec lui. Il faut éviter, dans les premiers mois, suite à une adoption, de se promener d’un endroit à l’autre, d’une réunion familiale à l’autre et d’ainsi empêcher que l’enfant comprenne vraiment qui sont ses parents. L’enfant s’est habitué à voir beaucoup de monde défiler dans sa vie depuis sa naissance et il sait comment charmer pour obtenir ce dont il a besoin.
Dans deux semaines, il sera question des autres mythes et pièges qui peuvent empoisonner rapidement la vie des parents adoptifs et de leurs enfants. L’adoption est un grand défi et plus les parents seront sensibilisés à la réalité qu’ils auront à vivre, plus l’adaptation en sera facilitée et l’attachement solidifié.
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