Quel style de parent êtes-vous ?
Une question que les parents se posent souvent, c’est « Est-ce que je suis trop ou pas assez sévère avec mes adolescents? ». Ils ont tendance à se référer à leur propre adolescence pour comparer comment ils interviennent auprès de leurs jeunes.
Plusieurs se disent « Moi, j’étais rebelle et mes parents ont trouvé ça lourd alors il ne faut pas que mes jeunes soient comme moi! » ou « Moi, j’ai été un adolescent facile donc mes ados devraient être comme moi! Mes parents avaient juste à me regarder ou à faire un geste et je savais ce que j’avais à faire ! » Ça vous parait familier ?
Effectivement, notre société a beaucoup changé depuis 30-40 ans; les adultes avaient alors une vision de l’éducation axée sur les besoins des parents; autorité, rigidité, fermeture, rapports de force, hiérarchie. On « cassait » le caractère des enfants et des adolescents. Ces derniers devaient se fondre dans le même moule que tous les autres sous peine d’être étiquetés pour la vie : « le mouton noir », « l’entêté », « le délinquant », etc. Certains parents adhèrent encore à cette vision de l’éducation puisque c’est le modèle qu’ils ont reçu.
Avec les années, on a développé des méthodes éducatives plus axées sur les besoins des enfants et adolescents; compréhension de ce qu’ils vivent, de ce qu’ils sont, de leur stade de développement, etc. Comme dans tout changement de cette importance, il y a eu de l’exagération et on a voulu éviter aux enfants de vivre des peines, des déceptions et des frustrations.
Et avec les résultats qu’on connaît aujourd’hui; beaucoup d’irresponsabilité, d’immaturité, d’agressivité et de manque d’autonomie chez nos adolescents, jeunes adultes et même adultes. Pensez juste au phénomène des enfants rendus adultes qui « collent » chez leurs parents et y reviennent se sécuriser à chaque obstacle rencontré dans leur vie.
Comment se situer dans tout cela comme parent ? Je vais m’inspirer d’une méthode « Le parent entraîneur », de Claire Leduc, travailleuse sociale, qui dans son livre du même titre, sépare en cinq catégories les styles de parents qu’on peut retrouver aujourd’hui. Il s’agit de points de repère, de guides, mais qui doivent être considérés avec des nuances et non servir à se « taper » sur la tête. Comme parent, on peut se reconnaître dans plus d’un style de parents.
Pour elle, le parent ENTRAîNEUR, celui qui représente le mieux l’équilibre, est celui qui reconnaît l’unicité de son enfant/adolescent et qui souligne les points forts, les compétences de celui-ci. C’est un parent qui va accompagner ses adolescents à travers leurs difficultés tout en stimulant leur autonomie. Ce parent est responsable et engagé avec amour envers son ado.
Dans le quotidien, cela représente un bon gros défi ! Concrètement, cela veut dire : démontrer et dire à notre adolescent que nous l’aimons, nommer et décrire ses capacités, éviter de le comparer, l’encourager à trouver ses propres solutions afin qu’il sente notre reconnaissance de ses forces. Un adolescent a encore besoin d’être VU, ENTENDU, et RECONNU.
Être un parent responsable, veut dire savoir guider notre jeune, lui dire « non »quand il le faut, lui apprendre à vivre avec les autres (et non juste pour les autres ou au contraire en se foutant des autres) et ce, en respectant les limites de chacun. Pour cela, il faut bien sûr que les parents soient conscients de leurs propres limites et soient capables de les faire respecter.
Les adolescents qui ont un parent « entraîneur » démontrent une bonne capacité d’autonomie, ont confiance en eux et sont plus joyeux, souriants. Ils font des choix meilleurs pour eux, leur santé, etc. Ils sont en relation avec les autres et mordent dans la vie avec un dynamisme et une énergie évidente.
Ça fait des jeunes qui suivent les consignes sans se sentir menacés à chaque fois, qui sont capables de s’amuser seuls ou en groupe et qui partagent spontanément leurs idées. Le parent cohérent dans ses paroles et ses actes sécurise son adolescent au niveau affectif.
Le parent DéBONNAIRE est celui qui manifeste beaucoup d’amour à son adolescent mais qui base toute sa vie et la vie familiale sur les besoins de celui-ci. Il veut être l’ami de son jeune. En fait, il fait vivre peu de contraintes ou de frustrations (dire non), il donne peu d’encouragements et ne s’implique pas dans les activités de son jeune.
Il a tendance à penser que les ados n’ont plus besoin de l’encadrement parental et qu’ils vont eux-mêmes prendre toutes les décisions les concernant et ce, même en début d’adolescence. Exemple : L’ado qui décide de son horaire de vie et revient à la maison pour faire laver son linge et demander de l’argent. C’est un parent qui évite de faire face aux conflits ainsi qu’aux tensions normales et inévitables dans tout milieu familial.
Donc, les adolescents n’apprennent pas à les gérer. C’est un parent qui se désintéresse également des succès de ceux-ci. Il a tendance à banaliser. Dans cette catégorie, on retrouve beaucoup de parents qui sont blessés d’avoir eux-mêmes été sous l’emprise d’un parent autoritaire, abusif et auquel ils ne veulent surtout pas ressembler. Ou encore, ces mêmes adultes ont été laissés à eux-mêmes et reproduisent ce modèle qu’ils connaissent. Ils ne sont pas connectés à leurs émotions, à leurs limites réelles. Par exemple, ils s’obligent à rester calmes alors qu’ils sont choqués ou épuisés.
L’adolescent du parent débonnaire est souvent anxieux car il manque de structure interne. Il manque de points de repère. Il peut être désorganisé dans son quotidien. Il a de la difficulté à persévérer, à faire les efforts nécessaires pour accomplir ses objectifs. Il n’apprend pas à donner, à trouver des solutions, à être actif; il a peu confiance en lui et il se sent mal au niveau affectif et émotif. L’adolescent en manque de règles et de structure va désespérément rechercher inconsciemment quelqu’un qui lui en imposera enfin ! À suivre…
En référence : Leduc, Claire, « Le parent entraîneur, Quelle sorte de parent êtes-vous? », Les éditions Logiques.
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