Danger : sables bitumineux
« Il y a toujours eu des catastrophes naturelles. Le problème, c'est qu'une espèce animale, l'humain, provoque elle-même des changements très rapides. C'est dur pour les écosystèmes de s'adapter », a mis en garde Steven Guilbeault en plaidant pour la réduction de la dépendance au pétrole. Le directeur d'Équiterre était à Saint-Césaire, lundi, dans le cadre d'une tournée de séances d'information sur l'arrivée des sables bitumineux au Québec. Un projet qui pourrait frapper la municipalité avec l'inversion potentielle du pipeline Montréal/Portland.
D'entrée de jeu, l'environnementaliste a expliqué la position de son organisme qui s'oppose vivement à l'arrivée des sables bitumineux dans la province. « On est bien conscient qu'on utilise du pétrole et qu'on va continuer d'en utiliser pour un bout de temps. Mais pourquoi utiliser un des pétroles avec le plus d'impact ? On ne devrait pas mettre en place des plans pour réduire notre consommation ? », a-t-il lancé en faisant la distinction entre les réserves conventionnelles comme celles d'Arabie saoudite et les non conventionnelles comme celle d'Alberta.
Pour chaque baril de sable bitumineux, il faut compter de deux à 12 barils d'eau. « En Alberta, on pourrait remplir 160 000 piscines olympiques avec l'eau utilisée. Il y a des lacs qui sont visibles de l'espace », a déploré M. Guilbeault devant la foule réunie à l'hôtel de ville pour l'occasion.
C'est sans compter l'effet de serre. « Au Québec, on va s'approcher des cibles de réduction des gaz à effet de serre du protocole de Kyoto. Mais, le Canada est dans la mauvaise direction. Les compagnies pétrolières sont responsables de la moitié de l'augmentation des gaz à effet de serre au pays », a-t-il désapprouvé en ajoutant que la température moyenne devrait augmenter de six degrés Celsius au Canada, soit deux fois plus vite que le reste de la planète.
M. Guilbeault a aussi abordé différentes avenues pour réduire la dépendance au pétrole comme l'utilisation de véhicules électriques et l'aménagement du territoire.
Risques pour l'eau potable
De son côté, le comité Environnement Saint-Césaire a nuancé sa position. «On n'est pas contre les sables bitumineux au comité environnement de Saint-Césaire. On veut des études qui garantissent que le projet est sécuritaire pour l'eau potable et qu'il n'y aurait pas d'accidents ou de conséquences graves », a indiqué Marie-Hélène Plante en parlant du projet d'inversion du Pipeline Montréal/Portland.
Kevin Dufresne, du comité, a ensuite exposé les problèmes potentiels qui guettent l'eau potable de la région. « L'oléoduc a 63 ans. Ceux construits présentement ont une durée de vie entre 40 et 60 ans », a-t-il averti en précisant que si l'inversion a lieu, le produit qui coulerait dans l'oléoduc serait plus lourd et acide. Il contiendrait aussi des toxines et ferait augmenter la pression dans l'oléoduc, dont on ne connait pas la réaction.
M. Dufresne a aussi indiqué qu'en cas de déversement, le sable bitumineux serait plus difficile à nettoyer puisqu’il ne flotte pas.
« En Alberta, on note 218 accidents au 16 000 kilomètres. De Montréal à Portland, l'oléoduc fait 305 kilomètres. Il y a aurait donc quatre accidents par année. Qui va payer les frais d'indemnisation ? », a-t-il questionné en citant une étude de la Natural Ressources Defense Council.
Selon le membre du comité, le puits artésien le plus à risque à Saint-Césaire serait celui d'Honoréville puisqu'il se situe à moins de 500 mètres de la station de pompage de Saint-Césaire et que sa nappe phréatique commence à moins d'un mètre du sol.
Quelques moments clés du pipeline
1950 : construction de la canalisation de 18 pouces
1950 : fuite de 472 000 litres de pétrole à Saint-Césaire
1986 : mise hors service de la canalisation de 18 pouces puis convertie pour l'exportation du gaz naturel
1999 : de nouveau convertie et inversée pour le transport de pétrole brut
1999 : fuite de 45 000 litres de pétrole à Saint-Césaire
Novembre 2012 : demande auprès de l'Office national de l'énergie pour inverser une portion du pipeline (Westover à Montréal)
11 février 2013 : lancement officiel de la pétition
Le projet d'inversion
Rappelons que la compagnie Pipe-Lines Montréal souhaiterait inverser le flux du pétrole dans l'oléoduc afin d'acheminer du pétrole brut, soit des sables bitumineux, vers Portland. L'oléoduc traverse 15 municipalités, dont Saint-Césaire, Saint-Mathias-sur-Richelieu et Sainte-Angèle-de-Monnoir.
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