Une passion cuisinée d'un continent à l'autre
Dès le premier coup d'œil à la vitrine de la boulangerie artisanale aux couleurs bleu blanc et rouge, on traverse directement l'océan Atlantique. Mais, c'est en entrant dans le commerce de la rue Notre Dame qu'on débarque véritablement dans un petit village de France. Musique, pâtisseries, pains, décor; le cuisinier Pierre Munier a transporté un peu de chez lui dans ses bagages et ses viennoiseries, de Blainville-sur-l'Eau jusqu'à Saint-Césaire.
« …Saint-Césaire… je ne savais même pas où c'était ! Quand je suis arrivé, ça sentait le diable ! Mais c'était très beau. Une vieille maison de 1872 et une boutique de 1950 », se rappelle tout haut le cordon-bleu, avec un accent français à saveur québécoise.
Avant ses 65 années d'existence, ses 50 ans de métier, ses 25 ans en affaires et ses 10 ans à Saint-Césaire, il y a eu Sainte-Julie, Saint-Hubert, la marine de Paris… et les patates. D'ailleurs, l'histoire de Pierre Munier commence là.
« Après la 2e Guerre mondiale, on en a mangé des patates ! Il n'y avait pas beaucoup d'autres choses sur la table. À 14 ans, j'ai dû lâcher l'école pour apprendre un métier, celui de cuisinier », confie le propriétaire de la Boulangerie Pierre Munier et fille avant de se lever pour aller répondre à un client, client dont il connaît d'ailleurs le prénom et les penchants gourmands.
« À 5 h du matin, je devais faire partir le poêle à bois. Quand le chef arrivait, ça devait bouillir ! Haut comme ça ! », lance-t-il en agitant les mains tout en revenant s'assoir à la petite table en bois où est déposé un bouquet rose.
Son diplôme en poche, M. Munier décide de partir de vivre une nouvelle aventure. Aimant l'eau, il choisit la marine. Celui qui avait 17 ans à l'époque se retrouve alors dans la marine de Paris qui n'est pas entourée par aucun plan d'eau, à part celle de la vaisselle !
« J'ai fait de la vaisselle pendant 18 mois. J'avais hâte de partir. Il y avait un matelot avec moi qui était marin-pêcheur à Terre-Neuve, il m'a dit qu'il y avait de belles filles au Québec. J'ai pris mon visa et je suis parti. »
Terre d'adoption
Fraîchement débarqué dans la capitale nationale, M. Munier se trouve rapidement des emplois en restauration sans toutefois être complètement satisfait.
« J'ouvrais des boîtes, je décorais des plats. Je ne faisais pas de charcuterie ni de cuisine », déplore celui qui a ensuite tenté sa chance dans les restaurants montréalais.
Dans la métropole, il profite de la popularité grandissante des restaurants de haute gastronomie pour prendre de plus en plus d'expérience. « À l'époque, les meilleurs cuisiniers de France sont venus à Montréal », commente-t-il.
De nature indépendante, le passionné des saveurs choisit de se lancer en affaire en ouvrant sa première boutique à Saint-Hubert où il offre plusieurs délices cuisinés maison dans le souci de la qualité et de la fraîcheur.
« Je veux être le plus biologique possible. De rester dans la qualité. Toujours la qualité», continue celui qui a ensuite eu pignon sur rue à Sainte-Julie.
Il y a 10 ans, charmé par la bâtisse, il s'établit sur la rue Notre-Dame à Saint-Césaire.
Présentement jeune retraité, M. Munier s'affaire à sa nouvelle passion, le pain. Il tente aussi de revitaliser le quartier. Il est d'ailleurs l'un des initiateurs du défunt groupe Cochonnaille et Récoltes, à qui l'on doit, entre autres, de la Journée de la tomate, de la Rose, de l'Érable.
« C'est quoi le bonheur ? Je suis à la retraite, je suis heureux. Tant que mes bras fonctionnent, je vais continuer. »
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