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Une scène surréaliste

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16 juillet 2013
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Par Marc-André Pelletier

Mardi, la Sûreté du Québec a permis aux journalistes de visiter le site de la catastrophe de Lac-Mégantic. Rigoureusement encadrés, les scribes ont pris part à cette visite dans la zone jaune afin de pouvoir s'imprégner de la scène et ainsi bien transmettre la réalité du terrain au public.

Précisons d'emblée que la visite n'a rien d'une activité de curieux. La SQ se fait très stricte et souligne à plusieurs reprises l'importance de comprendre ce qui s'est passé à cet endroit, il y a une dizaine de jours.

Cette visite est en quelque sorte un accès de la population, par l'œil des médias, à la scène. Une initiative impossible à réaliser avec tous les citoyens de Lac-Mégantic, en trop grand nombre.

Et la discipline est de mise. Ne filme pas qui veut, n'enregistre pas qui veut.

La visite débute derrière la rue Frontenac, à quelques pas seulement du Complexe Sportif. À travers le grillage, votre humble serviteur observe. À droite, des wagons, entassés voire empilés, carbonisés. Devant, des bâtiments noircis, des murs soufflés, un amas de débris.

Deuxième arrêt : le stationnement derrière le Jean Coutu. C'est là que l'on sent véritablement pour la première fois «l'odeur» de l'endroit. Une odeur difficile à décrire. Imaginez quand de la nourriture s'est glissée sous votre rond de four, que vous l'avez laissé là trop longtemps et que la fois suivante où vous faites cuire quelque chose, la vieille nourriture brûle en-dessous. Eh bien, c'est un peu ça, à la puissance mille. Rien de comparable au smog.

Ensuite, nous nous dirigeons vers la rue Frontenac, rue principale du centre-ville de Lac-Mégantic. Et c'est là qu'a été mon plus grand choc. À ce moment, nous sommes précisément devant la scène, en pleine rue, devant un grand vide. Pour l'avoir vu sous son plus beau jour, ça ne ressemble en rien à mes souvenirs. Des carcasses de voitures, des bâtiments rasés, démolis. J'ai l'impression d'être plongé directement dans une scène surréaliste.

En empruntant une ruelle, nous nous rendons au parc des Vétérans. Un parc toujours aussi beau, donnant une vue imprenable sur le lac et le mont Mégantic. Mais voilà, les arbres sont brûlés, les barrières où se trouve le trottoir sont fondues, tout comme les lampadaires. Les pierres, empilées sur la petite plage non loin de là, craquées, fendues par la chaleur.

À l'opposé du lac, un angle qui offre la plus fidèle perspective du drame. L'horizon qui est devant nous montre de long en large l'étendue de la catastrophe. C'est de là qu'on voit le mieux la scène dans son ensemble. Une pile de wagons, des pelles mécaniques, beaucoup de débris.

En arrivant sur les lieux, un représentant de la Sûreté du Québec nous avait dit : «Prenez le temps de vous arrêter parfois, en silence. Ça vous permettra de mieux saisir ce qui s'est passé ici».

Je n'ai pas dit un mot de la visite, qui s'est étirée sur environ une heure. Pas plus que je n'avais emporté calepin et crayon à cet endroit. Il n'en était pas question. Pas de notes, juste vivre la scène.

Avec ce que j'ai vu, pas de doute que cette nuit-là, le centre-ville de Lac-Mégantic est devenu une véritable fournaise.

J'ai mis plus de 500 mots à vous décrire ce que j'ai vécu et vu mardi. Mais aucun mot n'est assez juste ni fort pour décrire tout ça.

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