Chambly craque pour toi, mon coco !
Katrine Schuessler et Dominic D'aoust ont six enfants. Toutes des filles ! Comme dans la plupart des grandes familles, les deux plus vieilles, Juliette et Marguerite, passent une bonne partie de leur temps libre à prodiguer amour et affection à leurs jeunes sœurs Violette, Noisette, Blanche et Flocon. Ces dernières sont toutefois un peu différentes de Juliette et Marguerite… Avec leurs plumes et leur bec, les quatre poules des D'aoust-Schuessler, que les fillettes considèrent comme faisant partie de la famille, font souvent jaser !
« Quand on reçoit de la visite, c'est sûr qu'on en parle ! » Katrine Schuessler demeure dans un quartier résidentiel de Chambly. À première vue, sa maison est semblable à celle de ses voisins. Mais un petit tour dans la cour arrière permet de comprendre que le cabanon de la famille abrite bien plus que des vélos et quelques ballons. « Ici, c'est le poulailler. Les filles viennent ramasser les œufs par ces petites portes », explique Mme Schuessler, en montrant fièrement l'abri que son conjoint a construit pour les volatiles.
Rattaché au cabanon, un enclos grillagé permet aux poules de prendre l'air et de se dégourdir les pattes. « L'hiver, elles restent en dedans. À quatre, elles peuvent se coller et réchauffer leur espace. On a aussi installé une lampe chauffante qui s'allume automatiquement quand il fait froid. »
Désormais légal
Si cela fait maintenant un an que Mme Schuessler et son conjoint possèdent des poules, ils n'en ont officiellement le droit que depuis la dernière assemblée ordinaire du conseil municipal de la Ville, le 3 septembre dernier. À cette occasion, le conseil municipal adoptait deux règlements prévoyant la garde des poules dans Chambly, emboitant ainsi le pas à d'autres municipalités nord-américaines, dont New York et Vancouver.
C'est après que Mme Schuessler en fasse la demande que la Ville s'est penchée sur la question. « On a déjà eu une plainte, il y a quelques mois. À l'époque, on avait des poules qui étaient un peu plus territoriales et plus jacasseuses. On voulait s'en débarrasser, mais on attendait le printemps parce que c'est à ce moment-là que l'insertion de nouvelles poules dans un poulailler se fait le mieux. L'inspecteur est venu et on nous a demandé de nous débarrasser de toutes les poules. Je trouvais ça injuste, parce qu'on ne demanderait pas à un propriétaire de chien de s'en débarrasser parce qu'il fait trop de bruit. J'ai donc décidé de faire une demande de réglementation », raconte-t-elle. « La Ville a une politique environnementale intéressante et elle a été assez ouverte. »
Aujourd'hui, les Chamblyens peuvent posséder de deux à cinq poules, mais pas de coq, ceux-ci étant considérés trop bruyants. Toutefois, la vente des œufs, de la viande ou du fumier est prohibée. « La variété de poules qu'on a pond en moyenne un œuf aux deux jours. Ça nous en fait pas mal. Les quiches, les omelettes, les œufs mollets… Un moment donné, on en a beaucoup, mais on les donne à la famille », confie Mme Schuessler. « On est allergiques aux chiens et chats. C'est pour le plaisir et ça nous fait un animal de compagnie différent ! »
Entretien
L'avantage des poules, selon plusieurs, c'est qu'elles demandent peu de soins et les nourrir ne coûte pas très cher. « J'achète des sacs de 90 lb de graines. C'est 15 $ et ça peut durer plusieurs mois. Elles aiment aussi les restants de table, mais il ne faut pas leur donner n'importe quoi. Pas de viande et rien à base de poulet ! Mais je leur donne des pelures de fruits, des épinards. Une fois, je leur ai lancé des graines de lin et ça a fini par pousser sur le sol. Ça n'a pas été long qu'elles ont tout mangé ! »
Cette année, on a vendu 200 poules dans Chambly et les environs ! Sébastien Dion, de la Ferme Guyon
Selon le règlement 2013-1273, « aucune odeur liée à [ la garde des poules ] ne doit être perceptible à l'extérieur des limites du terrain ». Étonnamment, même lorsqu'on se trouve à l'intérieur de l'enclos grillagé des poules, aucune odeur n'est perceptible. « On nettoie le poulailler le samedi. Mais effectivement, ça ne sent rien. Et on met le purin de poules dans le compost pour le réutiliser. »
La garde des poules, chez les D'aoust-Schuessler, s'inscrit dans un ensemble de mesures menant à une certaine souveraineté alimentaire. « On a des arbres fruitiers, un potager. On a aussi des abeilles pollinisatrices », énumère Katrine Schuessler.
Loin d'être anecdotique
Selon la Chamblyenne, sa famille est loin d'être la seule à posséder un poulailler urbain. « J'en ai parlé à des gens qui demeurent dans Chambly et c'est impressionnant de voir combien il y en a. Ça ne paraît pas, mais il y a beaucoup de personnes qui ont des poules et qui restent dans des quartiers résidentiels. »
L'engouement pour les poulaillers urbains a pris un essor particulier le samedi 21 septembre dernier, alors que la Ferme Guyon organisait son événement Les poules sont en ville !. « J'ai remarqué beaucoup d'intérêt de la part des gens. Ils posaient des questions sur le règlement, sur comment s'occuper des poules », raconte Sébastien Dion, propriétaire de la Ferme Guyon, où l'on vend poules et matériel pour construire le poulailler. « Cette année, on a vendu 200 poules dans Chambly et les environs ! »
Bien que la garde des poules devienne de plus en plus populaire, M. Dion souligne que certains groupes d'âge s'y intéressent plus que d'autres. « De 60 à 70 % de ce que je vends, je le vends à des jeunes familles qui ont des enfants en bas âge. Mais là où j'ai la plus grosse hausse des ventes, c'est aux grands-parents. Je ne voyais pas ça il y a deux ans, mais les grands-parents cherchent un moyen d'attirer les petits-enfants chez eux. La poule devient un élément de sociabilité ! »
La SPCA inquiète
Malgré l'enthousiasme de plusieurs, Linda Robertson, fondatrice et directrice de la SPCA Montérégie, se dit inquiète des conséquences que pourrait avoir la légalisation des poulaillers urbains dans Chambly. « Je suis contre ça totalement. Je sais ce qui va arriver. Les gens vont vouloir avoir des poules, parce que c'est la nouvelle mode. Quand l'hiver va arriver, les gens vont réaliser qu'il faut chauffer les poules ou ils vont se tanner et s'en débarrasser. C'est ce qui arrive dans certaines villes aux États-Unis », déplore-t-elle vivement. « Il faut penser, avant de prendre une poule, que c'est pour la vie ! »
De son côté, Katrine Schuessler ne pense pas que l'abandon de poules puisse devenir un problème important dans la ville. « Il y a tellement de fermettes qui peuvent les prendre. Et il y en a qui vont mener leurs poules à l'abattoir avant l'hiver pour les manger. Nous, nos poules sont les amies des filles. On les a pour longtemps ! »
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