Les aventures d'un Chamblyen en Antarctique
Froid intense, effondrement d'un pont de neige, chute dans une crevasse… Les membres d'XP Antarctik ont dû relever bien des défis depuis leur arrivée sur le continent blanc, le 10 février. En direct d'Antarctique, le Chamblyen Samuel Ostiguy raconte son aventure en territoire inexploré.
« Ici, il n'y a rien qui survit. On a vraiment l'impression que l'humain n'est pas supposé être là. C'est assez particulier », souligne d'emblée l'aventurier. « Se retrouver au sommet d'une montagne qui n'a jamais été franchie, c'est une drôle de sensation. C'est difficile à croire, à réaliser. Mais on savoure chaque moment. »
Au bout du fil, les rires des autres membres de l'expédition sont audibles, malgré les forts vents qui rendent l'écoute difficile. « On passe beaucoup de temps à rigoler, à chanter. Sur le bateau, pendant la traversée en mer, j'ai passé des heures à faire des pièces de théâtre avec Marina et François. »
Cette traversée en mer, c'était la toute première étape du voyage. Celle qui a mené les six membres de l'expédition d'Ushuaia, en Terre de Feu, au continent blanc. Un trajet en voilier par le passage de Drake, l'une des zones maritimes les plus mouvementées de la planète, qui n'a pas été de tout repos. « J'étais déjà allé en haute mer et j'avais été malade. J'espérais que cette fois, ça allait mieux se passer. Les 36 premières heures, j'ai eu des faux espoirs parce que j'allais bien et les autres tombaient autour de moi. Mais j'ai aussi été malade », admet en rigolant Samuel Ostiguy.
Après plusieurs jours de mal de mer, de quarts de travail pour opérer le bateau et d'apprentissage de la voile, le Chamblyen a aperçu l'Antarctique pour la première fois. Un moment qui reste gravé dans sa mémoire. « L'arrivée a été magique… La faune apparaissait peu à peu. Les manchots, les baleines à bosses, les otaries, les phoques… C'était superbe. »
Et ce n'était que le début de leurs péripéties…
Chute dans une crevasse
Dès leur arrivée sur le continent blanc, les membres d'XP Antarctik ont vu leurs ardeurs freinées par la température hostile. La neige, le brouillard et le vent ont rapidement limité leur visibilité et ralenti leur progression. Ce phénomène, appelé « voile blanc », a obligé Samuel et ses compagnons à demeurer quelques jours au camp de base.
« Depuis le début, la météo ne nous a pas permis de progresser tout le temps comme on aurait voulu. Ça a mis un peu de pression sur l'équipe », raconte-t-il. « Mais on en profite quand même pour monter les montagnes quand c'est possible. »
Et les montagnes de l'Antarctique réservaient bien des surprises aux membres de l'expédition. Lors de l'ascension du Mont Harris, le Chamblyen a eu froid dans le dos quand un pont de neige s'est effondré sous ses pieds, l'entraînant dans une chute de près de 10 mètres. « Sur le coup, ça a été étonnant de voir le pont de neige s'effondrer. La peur n'est pas arrivée tout de suite, parce que j'avais énormément confiance en Alex et Marina », confie-t-il, au sujet des compagnons avec lesquels il était alors cordé. « Je n'avais aucun doute que la chute allait s'arrêter et j'ai surtout ressenti beaucoup d'excitation. »
Quand Frank est tombé de la paroi, je savais que si je n'assurais pas, on y passait tous les trois. Samuel Ostiguy
Puis, la peur s'est emparée de lui. « J'ai essayé de les contacter verbalement, mais je n'avais pas de réponse, à cause du vent. La peur est apparue et j'ai vraiment gardé le focus sur les éléments qui m'entouraient et qui pouvaient m'aider à sortir de là. »
C'est sain et sauf que Samuel Ostiguy a rejoint ses compagnons, laissant malgré lui de l'équipement au fond de la crevasse. « On a tous réagi comme on l'avait planifié, de la façon la plus optimale. Notre niveau de confiance a augmenté, dans l'équipe. Mais on voulait retourner chercher l'équipement. »
Une aventure bien risquée, comme l'a constaté le Chamblyen. « J'ai perdu mon matériel et le lendemain, on l'a récupéré. Mais on descendait du sommet quand on s'est fait prendre dans le voile blanc et Frank est tombé d'une grande paroi. Il a fait une chute de 25 mètres dans le vide », raconte-t-il, la voix grave. « Pour moi, ça a été le moment le plus challengeant, parce que j'ai vraiment la pression. Je savais que si je n'assurais pas, on y passait tous les trois. Je me suis dit : " Mon homme, c'est à ton tour ". Je me suis mis à chanter dans ma tête, et on s'en est sorti en équipe. »
Après ces péripéties, les membres de l'expédition XP Antarctik s'apprêtent à rejoindre leur point de sortie. Ils retourneront au bateau, contrairement à ce que prévoyait leur itinéraire. La température hostile, qui a fortement ralenti leur progression, ainsi que les malchances d'un membre de l'équipe, qui est tombé malade, ont forcé ce choix. « On aurait tous beaucoup aimé faire la traversée, mais notre objectif primaire, c'est de revenir en santé. C'est l'équipe d'abord et avant tout », rappelle le Chamblyen. « Actuellement, ce n'est pas réaliste de continuer à pousser pour la traversée. »
Confidences de Samuel
- Ce qui lui manque : « Un bon film, une douche chaude, un repas en famille, de l'eau potable et…de la vaisselle propre !»
- Ce qu'il craint : « Le retour par le passage de Drake… Parce que le passage a été clément avec nous à l'allée, mais on ne sait pas ce qui nous attend au retour… »
- Ce qui l'a étonné : « La température. Au niveau de la mer, ce n'est pas si froid. Ça varie entre 5 et - 10 degrés Celsius. Mais en altitude, avec le vent, ça descend vite. Présentement, il fait – 35 degrés Celsius. »
- Ce qu'il souhaite : « Revenir sans se blesser. Les muscles sont fatigués, mais l'esprit aussi. Il faut rester vigilants dans nos manœuvres, en tout temps. »
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