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Utilisation du bisphénol S

Des aliments frais sont contaminés par leurs étiquettes

durée 14h00
21 mars 2023
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne

Des aliments frais vendus au Canada sont contaminés par un produit chimique présent dans les étiquettes des emballages, démontre une nouvelle étude réalisée par un chercheur montréalais.

Le bisphénol S est utilisé en remplacement du bisphénol A, dont l'utilisation est restreinte au Canada puisqu'il est associé au cancer de la prostate et au cancer du sein. Le BPS est toutefois lui aussi un perturbateur endocrinien, à savoir un produit chimique dont l’effet imite celui des hormones humaines.

«Avec tout le mouvement qui a été fait pour se débarrasser du bisphénol A dans des applications qui sont proches de nos aliments, de retrouver le cousin bisphénol S à si grande fréquence partout comme ça, ça nous a vraiment surpris», a admis le professeur Stéphane Bayen, du département des sciences des aliments et d’agrochimie de l'Université McGill.

Les chercheurs ont analysé un vaste éventail d’aliments frais emballés en vente au Canada, des viandes aux produits de boulangerie-pâtisserie en passant par les fromages et les légumes. 

Ils ont trouvé des concentrations relativement élevées de BPS dans des étiquettes et des autocollants sur lesquels les codes-barres ou les prix sont imprimés par transfert de chaleur. La quantité décelée dépassait grandement la valeur limite autorisée par l’Union européenne pour les substances provenant des emballages qui sont en contact avec des denrées alimentaires.

On imagine aisément que des aliments aient été contaminés par une étiquette apposée directement dessus, comme dans le cas de certains fruits et légumes. Mais même la mince pellicule de plastique qui recouvre certains aliments ne suffisait pas à empêcher le BPS contenu dans l'étiquette de contaminer la nourriture.

«On a démontré que ces pellicules fines ne servent pas du tout de barrière, a dit le professeur Bayen. Ce qu'il y a dans les étiquettes va se retrouver dans les aliments.»

En revanche, l’équipe n’a décelé que très peu, ou pas du tout, de BPS dans les pellicules, les tampons absorbants et les barquettes en plastique.

Une étude publiée en 2020 par des chercheurs américains avait montré, lors d'expériences sur des souris, que le bisphénol S peut traverser la barrière placentaire et potentiellement interférer avec le développement du cerveau du bébé.

Les chercheurs avaient notamment documenté une réduction de près de 80 % de la concentration de sérotonine dans le placenta et une augmentation de trois à cinq fois de la dopamine. La sérotonine et la dopamine sont deux neurotransmetteurs impliqués dans le développement du cerveau.

Le Canada ne réglemente pas l’utilisation du BPS. Toutefois, le projet de loi S-5, qui moderniserait considérablement la Loi canadienne sur la protection de l'environnement, propose des changements longuement attendus par différents groupes écologistes. Cette loi dicte comment le gouvernement fédéral réglemente les produits chimiques toxiques ainsi que d’autres matières polluantes, dans le but de protéger l’environnement et les personnes de leurs effets nocifs.

«Le point qu'on veut vraiment vraiment pousser, c'est de ne pas refaire la même erreur, a dit le professeur Bayen. On a remplacé le BPA avec le BPS, et là clairement on a une situation où il va falloir trouver un substitut, et on veut vraiment que ça ne soit pas substitué par quelque chose qui dans quelques années va être à nouveau dans nos radars.»

La seule façon de se protéger des BPA ou des BPS, serait de favoriser d’autres types de matériaux pour les contenants alimentaires, comme le verre par exemple, qui est complètement inerte, ou le métal.

Dans cette veine, lors de l'achat de viande ou de poisson, le consommateur n'aurait rien à perdre à fournir son propre contenant ou son propre emballage (comme du papier d'aluminium) en demandant que l'étiquette soit apposée dessus.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal scientifique Environmental Science & Technology.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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