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Les policiers et paramédicaux davantage exposés à des facteurs contribuant au suicide

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6 février 2024
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Par La Presse Canadienne

Le taux de suicide semble se stabiliser au Québec, selon les plus récentes données de l'INSPQ, mais certains groupes restent préoccupants. C'est le cas du personnel de la sécurité publique qui comprend notamment les policiers et les paramédicaux. 

Alors qu'a débuté dimanche la Semaine de prévention du suicide qui se tient jusqu'au 10 février, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a publié ses données pour l'année 2021 qui font état de 1031 décès par suicide. Cela représente 12 suicides par 100 000 habitants. 

L'INSPQ ne s'attend pas à une baisse pour 2022 et évalue le taux de suicide à 12,7 pour 100 000 personnes, selon les données provisoires du Bureau du coroner. 

«Les membres du personnel de la sécurité publique sont fréquemment exposés à des événements à potentiel traumatique comme lorsque sa propre vie ou celle de quelqu’un d’autre est en danger. L’exposition aux événements potentiellement traumatiques peut contribuer aux développements de problèmes de santé mentale», a expliqué en entrevue Laurent Corthéssy-Blondin, diplômé du doctorat en psychologie et membre du Centre de recherche et d'intervention sur le suicide, enjeux éthiques et pratiques de fin de vie (CRISE).

Ces enjeux de santé mentale, notamment un trouble de stress post-traumatique, la dépression, l’anxiété et l’abus de substance, «sont fortement associés au comportement suicidaire», a souligné le docteur en psychologie. 

Selon le Bureau du coroner, entre 2015 et 2021, il y a eu en moyenne trois suicides de policier par année. «Si on fait une grossière estimation du taux en fonction du nombre de policiers, le taux variait dans ces années-là entre 6,3 et 37,8 par 100 000 policiers», a déclaré M. Corthéssy-Blondin. 

Citant une étude pancanadienne sur les tentatives de suicide de l'ensemble du personnel de la sécurité publique, il a souligné que les paramédicaux avaient les plus grandes proportions de comportements suicidaires en comparaison aux policiers, pompiers et répartiteurs. «Ils sont comparables aux agents des services correctionnels», a-t-il précisé. 

Cela peut s'expliquer en partie parce que la prévalence du trouble de stress post-traumatique est plus élevée pour les paramédicaux que dans d’autres groupes du personnel de la sécurité publique.  

De plus, l’accès à un moyen létal est un facteur de risque dans un contexte de crise suicidaire, a mentionné M. Corthéssy-Blondin. Si un policier fait une tentative de suicide avec une arme de service, la probabilité de décéder est plus élevée, a-t-il dit. «Beaucoup d’études montrent que l’arme de service, c’est le moyen le plus utilisé par les policiers qui se sont tués.»

Or, les paramédicaux sont de plus en plus formés et autorisés à administrer certains médicaments qui sont potentiellement létaux. 

Pour les policiers, il existe des protocoles de retrait d'armes à feu et M. Corthéssy-Blondin croit que l'une des actions à déployer pour faire la prévention du suicide serait d'appliquer la même chose aux paramédicaux. 

D'autre part, le personnel de sécurité publique est composé majoritairement d’hommes. Certaines valeurs présentes dans ces milieux sont associées à la «masculinité traditionnelle qui correspond à vouloir faire preuve de stoïcisme, d’autonomie, parfois un peu d’agressivité», a expliqué M. Corthéssy-Blondin. 

Les personnes qui adhèrent à la masculinité traditionnelle peuvent avoir moins tendance à aller chercher de l'aide et moins percevoir le soutien social dans leur entourage. 

Le SPVM se démarque 

Pour la période de 1997 à 2018, neuf décès de policiers ont été recensés au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), soit un taux moyen de 8,8 décès par 100 000 policiers. Pour le reste du Québec, ce taux était de 23,2 par 100 000 policiers pour la même période.

L'un des facteurs expliquant que le taux de suicide pour les policiers de Montréal soit nettement inférieur à celui des agents de la paix ailleurs au Québec est un programme de prévention du suicide implanté à la fin des années 1990 au SPVM. 

Ce programme avait mis en place une campagne de sensibilisation, une ligne d’écoute gérée par les policiers, une formation sur le suicide d’une demi-journée pour l’ensemble du personnel ainsi qu'une formation plus complète pour les personnes dans les organisations policières qui sont plus susceptibles d’interagir avec des policiers qui pourraient être suicidaires, a détaillé M. Corthéssy-Blondin. 

«L’évaluation de ce programme a montré une réduction des taux de suicide après son implantation et on n'observait pas la même réduction du taux de suicide chez les policiers ailleurs au Québec», a déclaré M. Corthéssy-Blondin.

Pour prévenir le suicide, il faut mettre en place différentes stratégies qui viendront répondre aux besoins de l’ensemble des policiers qui vivent des moments plus difficiles et qui ont besoin d’un soutien immédiat, a fait valoir le chercheur. 

Il propose de déployer une campagne de sensibilisation qui viendrait normaliser la demande d’aide en contexte de détresse psychologique. Un suivi téléphonique peut également être fait pour s’assurer du bien-être du travailleur et le référer vers des ressources advenant une détérioration de son état. 

«Une autre stratégie qui est prometteuse, c’est l’offre de services psychosociaux qui sont adaptés au personnel de la sécurité publique», a indiqué M. Corthéssy-Blondin. 

Selon lui, les membres du personnel de la sécurité publique rapportent souvent à leur thérapeute des problèmes spécifiques liés à leur emploi. Il ajoute que les intervenants psychosociaux ne sont pas toujours bien formés pour accueillir le témoignage d'événements traumatisants. 

M. Corthéssy-Blondin a salué le nouveau programme de formation de l'École nationale de police du Québec intitulé «Comprendre la réalité policière pour mieux accompagner», qui est destiné aux psychologues et psychothérapeutes membres de l’Ordre des psychologues du Québec. 

Il croit que cela permettra d'avoir davantage de professionnels sensibilisés à la réalité policière. 

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Vous avez besoin d'aide ou vous vous inquiétez pour un proche? Un service téléphonique gratuit est disponible 24h/24 au 1-866-APPELLE. 

Le contenu en santé de La Presse Canadienne obtient du financement grâce à un partenariat avec l’Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est l’unique responsable des choix éditoriaux.

Katrine Desautels, La Presse Canadienne

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